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20 avril 2008 7 20 /04 /avril /2008 06:59


Denis Guivarc’h (as), Pierre de Bethmann (p), Jean-Luc Lehr (bass), Mathieu Chazarenc (dm)


 



 
Denis Guivarc’h qui signe là son premier album n’est pas un inconnu dans le microcosme du jazz. Et d’ailleurs avec son premier album qu’il présente ici, sa renommée devrait franchir un large pas qui l’amènera certainement à s’installer une solide réputation par delà l’hexagone.

Ancien prof assistant au Cim, Guivarc’h a surtout depuis quelques années, poursuit son parcours au sein du groupe de l’orchestre de Magic Malik. Il faut dire que les deux hommes partagent ensemble un goût évident pour la même musique, en l’occurrence celle de Steve Coleman qui, il faut le reconnaître est depuis le bebop l’une des choses les plus intéressantes qui soit arrivée au monde du jazz ces vingt dernières années. Et l’on retrouve à l’évidence chez notre saxophoniste alto une filiation directe avec le génie de Chicago. D’abord par le son qui comme chez son mentor est fait de puissance gracile, de lyrisme véloce à la diabolique précision rythmique dans le groove toujours sous jacent ou carrément évident. La musique de Guivarc ‘h, relève de l’équation presque mathématique, jonglant avec les systèmes métriques et les enchaînements harmoniques complexes. Le tout prenant sous l’impulsion de Guivarc’h des allures d’arabesques dessinées dans le ciel, fluidifiées dans un espace contraignant mais toujours ouvert. Dans ce système basé sur un grand nombre d’obstacles, Guivarc’h en boxeur qu’il est, se révèle un maître de l’esquive serpentant sans s’arrêter au travers des pièges harmoniques et rythmiques rendant paradoxalement cette musique là incroyablement ouverte. Sur des thèmes du répertoire comme sur ses propres compositions, Guivarc’h fait une démonstration étincelante des leçons Colemaniennes. Les deux seuls thèmes qui ne sont pas de sa propre composition, Nefertiti et All the things you are sont des modèles de réappropriation de thèmes bien connus et embarqués dans l’univers de Guivar’ch. Un thème comme Steps reprend la structure de Giant Steps de Coltrane pour là encore en livrer une récriture particulièrement intéressante. Sur MMO ou Exit par exemple il y est question d’exercice rythmique qui par ses décalages ou ses ruptures relève d’un casse tête que seuls des musiciens de grand talent peuvent relever comme un défi. De Bethmann dont on sait combien il est à l’aise dans cette musique là reste au piano et apporte au quartet une force supplémentaire et une autre intelligence de l’instant musical et Jean-Luc Lehrr à la basse électrique arrondi les angles de ces chemins déjà bien si sinueux.

Alors que Steve Coleman ou même Magic Malik semblent s’orienter aujourd’hui vers une musique intellectualisante qui ne devient parfois abordable qu’après l’obtention d’une agrégation de Mathématiques appliquées, celle de Guivarc’h repose avant tout sur la notion de plaisir dont il n’exclut pas une réelle sensualité. Sa musique et son jeu possèdent l’évidence que l’on rencontre souvent dans les premiers albums réussis. Cette évidence faite à la fois d’exigence et surtout d’envie. Intelligente et lumineuse la musique de cet élève surdoué a peut être bien dépassée là celle de ses maîtres.                                          Jean-Marc Gelin

 

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