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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 07:24

Universal Réed. 2008





 De quoi est fait le monde expérimental de Michel Magne ? le Michel Magne que l’on connaît pour avoir aligné dans les années 50 et 60 un nombre incalculable de musique de film. Tout simplement d’une musique abordée avec l’esprit d’un chercheur complètement fou se lançant dans une musique plurielle et protéiforme où Stockhausen flirterait allègrement avec le jazz. Le jazz ai-je dit ?  Non-sens total puisque cette musique où l’on entend autant la symphonie classique que l’Opéra ou le jazz est un heureux mélange expérimental de musiques et de sons. Rien n’est suggéré et tout est dit ici. Dans Self service ce sont des bruits de couverts, plus loin un carillon explose, plongé dans l’eau bouillante ( Carillon plongé dans l’eau bouillante), des femmes simulent la douleur dans Pointes de feu amorties au dolossal, des rires fusent et des moines prient. Aucune logique si ce n’est une sorte de passion du génial collage. Du bousculement des lignes et des logiques harmoniques, rythmiques et surtout stylistiques. Un zapping permanent ob ;igeant les protagonistes à un véritable don d’ubiquité musical. Lorsque la « musique tachiste » fut créée en 1954 Salle Gaveau, la représentation tourna au fiasco. Pour Carillon plongé dans l’eau bouillante, le musicien chargé de la manip failli fiche le feu sur scène et l‘on dut appeler les pompiers. Dans Self Service «  les casseurs d’assiette s’en donnèrent tellement à cœur joie dès le début de la pièce qu’il ne resta vite plus rien à casser pour la fin du morceau ». De même « dans Pointes de feu, les chirurgiens devaient opérer une fille à poil dans un piano. Mais les musiciens décontenancés ne regardaient pas leurs partitions et firent n’importe quoi ». C’est donc finalement en studio que Michel Magne refit cette expérience et utilisa alors cette technique alors révolutionnaire et largement utilisée aujourd’hui, celle du re-recording..

Une deuxième partie de cet album repose sur des musiques de Magne arrangées par Jean Claude Vannier et jouées par Martial Solal. Là encore les frontières explosent et l’on passe sans cesse du classique au jazz avec un sens aiguisé de la poésie surréaliste où Breton finalement n’est jamais loin ( si ce n’est le poète Bernard Dimey). Cette partie là prend des allures de suite symphoniques où l’esprit structuré de Duke Ellington rejoindrait l’esprit déstructurant de Monk (pour la partie jazz).

Deux pièces des années 70 viennent compléter ce voyage musical inédit et totalement barré : Musique sensorielle et Mozart en Afrique qui là jettent les prémisses de ce que sera plus tard le jazz rock.

Et l’on doit alors rendre hommage à ce formidable travail de réédition de cet hommage à la pure folie musicale, à l’esprit d’incroyable liberté qui animait Michel Magne et ses colistiers. Sa musique demeure comme une expérience totalement inédite. Une sorte d’expérience esthétique à nulle autre pareille. Aussi folle que déraisonnable. Jean-Marc Gelin

 

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