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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 23:32



Éclipse, un film de Jacques Goldstein

Fredon No Collection

LA HUIT - 2008

 

Poursuivant son chemin en direction de l’ancienne avant-garde New Yorkaise et des jazzmen qui continuent de faire les beaux jours du post-free jazz tel que l’on peut l’entendre au Vision Festival ou à la Knighting Factory, la Huit présente ici, après le travail remarquable de Anaïs Prosaïc sur Marc Ribot, un film de Jacques Goldstein sur le trompettiste New Yorkais Wadada Leo Smith filmé le 31 mars 2005 à l’occasion du festival Banlieues Bleues.

Il s’agit essentiellement d’un concert ( au demeurant magnifique) donné avec son groupe, le Golden Quartet composé de Vijay Iyer aux claviers électroniques, de John Lindberg à a basse et de Ronald Shannon Jackson à la batterie. Un concert filmé en noir et blanc, caméra sur l’épaule (un peu trop agitée à notre goût et évitant hélas les plans fixes trop longs) et qui ravira les partisans de cette prolongation par d’autres moyens du free jazz d’Ornette Coleman.

Une performance magnifique comme le est toute la prestation de ce trompettiste d’exception qui à 66 ans cultive le goût du quartet d’Ornette sans jamais pourtant singer le jeu de Don Cherry. Son goût de l’improvisation et du cheminement solitaire évoque parfois le travail de Antony Braxton, la dimension expérimentale en moins. Mais toujours chez Smith ce goût de la musique envoûtante, du mystère presque pictural et si proche d’autres formes artistiques que l’on y associerait volontiers les

Films de Cassavetes ou la peinture de Jackson Pollock.

 

Entre chaque morceau de ce concert, Jacques Goldstein recueille quelques courtes reflexions du musicien sur quelques points essentiels de sa musique que, dans le sillage de Ornette il qualifie de « creative music » au détriment de jazz qu’il ne retient pas comme définissant son propre travail. Puis suit une interview plus longue où Wadada Leo Smith poursuit sa réflexion autour de quelques questions captées vraisemblablement lors de sa venue en France à l’occasion de ce concert.

 

On ne saurait donc que rendre hommage à ce travail qui permettra à beaucoup de découvrir cet artiste absolument incomparable même si, comparativement au vrai travail de fond qui avait été fait sur Marc Ribot, on reste là beaucoup plus réservés, moins sur la qualité de ce concert passionantissime que sur la réalisation dont on ne comprend pas toujours les partis pris esthétisants : pourquoi le noir et blanc ? Pourquoi des images imposées à notre imaginaire comme celles un peu ridicules – excusez le cliché – d’une voiture roulant dans le nuit au milieu des néons de la ville ? ). Mais surtout ce travail se révèle particulièrement pauvre quand à sa documentation totalement inexistante sur le musicien que tout un chacun est censé connaître. Il est peu admissible en effet que la Huit ne se donne pas le temps de rédiger au minimum quelques liner notes à défaut d’un véritable livret pour présenter en quelques mots au moins la biographie de ce trompettiste essentiel qu’est Wadada Leo Smith.

 

Cependant, pas de quoi bouder notre plaisir et il faut rendre au moins justice au courage de la ligne éditoriale de la Huit qui n’hésite pas à s’investir dans cette musique exigeante au mépris des considérations commerciales qui animent aujourd’hui un grand nombre d’éditeurs de DVD. C’est assez rare pour être souligné et précieux pour être encouragé. Peut quand même mieux faire dans l’approche didactique.  Jean-Marc Gelin

 

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