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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 20:30

Yolk 2008

 



Attention : objet musical non identifié. Pour s’y retrouver, il y a ce que dit la musique et ce que l’on entend. Ce que l’on entend : une clarinette et une voix de femme qui se cherchent en duo, s’enlacent et se mêlent dans un dialogue fait de petites pièces dont on ne comprend pas toujours le sens mais dont la trame reste toujours d’une extrême simplicité. Dans ce dispositif minimaliste, le magnifique son de clarinette de Mathieu Donarier sert d’écrin à  la voix de Pioline Renou, tantôt lui donne le tempo par de petites pulsations régulières, tantôt la suit vers l’aigu et accompagne ses épanchements, comme son ombre portée. Une grande part de l’étrangeté de la chose - certains diront de la magie, d’autres du malaise -, tient à  l’omniprésence de cette voix qui évoque par moment celle de Camille. Par ses gémissements, grincements, susurrements, feulements ou petits cris plaintifs, elle fascine et agace tout à  la fois. L’extrême fin du disque fait même durer le mystère: si l’on s’avance comme nous par mégarde dans la dernière plage de l’album (Au refuge, censée ne durer qu’1.35 selon les indications de la pochette), l’on peut entendre aux alentours de la 4ème minute, médusé, une improvisation de Poline Renou, à  mi-chemin entre le chant chamanique, les vagissements d’un bébé et la restitution sonore d’un accouchement. L’exercice est sidérant et dérangeant, à  l’image de l’album dans son ensemble. Car si l’on ne peut qu’être impressionné par la beauté de certains climats (les réminiscences d’Afrique d’Hampe Bac, Neige, Parti en mer), d’autres moments laissent plus froid jusqu’à  ennuyer parfois. Comme si l’on ne disposait pas des clés qui permettent d’entrer dans l’intimité de ce dialogue, d’en comprendre la signification. Car ce que dit la musique est complexe à saisir, l’émotion et l’agacement qu’elle provoque difficiles à  décrypter. De quelle expérience veut rendre compte ce récit qui se refuse aux mots ? Aucune parole n’est prononcée tout au long de l’album, à  l’exception d’un poème écrit par Mathieu Donarier, dans un morceau qui n’est pas et de loin le meilleur de l’album. Les signes Écrits ou dessinés abondent pourtant sur la pochette, magnifique : petits dessins minimalistes de Mathieu Donarier, fragments de textes que la musique pourrait illustrer. Il est question d’Afrique (Hampate Ba), de Garcia Lorca (Cinematograf) des films de Toni Gatlif et d’une fête tzigane triste (Cinematograf), d’esclavage (Yoruba), de survie (Yoruba), de voyages (Au refuge) et de marins (Parti en mer). Ce pourrait être la musique d’un film de désert et de côtes ou la bande son d’un Corto Maltese d’Hugo Pratt. Les liner notes signalent que les écrits de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier ont accompagné les musiciens tous au long de la création de l’album. Ce qui confirme ce statut de musique pour voyages imaginaires. Trois au moins de ces cartes postales sont magnifiques : l’introduction poignante de Cinematograf, où le chant tzigane presque Klezmer de la clarinette s’étrangle dans les yous yous de la voix ; le souffle et les claquements de Hampate Ba ; la comptine angoissée qui s’éteint peu à  peu de Hopscoch. Le reste intrigue toujours, séduit parfois mais laisse, on l'aura compris, perplexe aussi.             
Loïc Blondiaux

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