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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 09:45

 

 

Miguel Zenon, le héros très discret que l’on a pu entendre notamment aux côtés de Charlie Haden dans le Libération Music Orchestra ou aux côtés de Joshua Redman dans le San Francisco Jazz Collective, publie son troisième album, véritable révélation de l’année ( cf. article de Lionel Eskenazi).

Il était en concert à Paris en mai dernier. L’occasion de rencontrer la future grande étoile du saxophone alto.

 

 

Quelles sont vos principales influences ?

 MZ : Bien sûr pour moi le numéro 1 c’est Charlie Parker. Mais il y a d’autres musiciens que j’écoute beaucoup. Ornette Coleman, Cannonball, Benny Carter. Parmi les contemporains il y a Kenny Garrett, Greg Osby et Steve Coleman qui est certainement celui qui m’influence le plus. Voilà pour les altos. Parmi les ténors, bien sûr Coltrane, Rollins, Joe Lovano.

 

Dans le jeu on peut entendre cette influence de Steve Coleman mais pas dans votre écriture qui est très personnelle

 MZ : Effectivement.  J’écris ce que j’écris et j’ai mon propre background. J’ai mes propres idées sur la façon d’organiser ce que j’ai à dire en fonction des formules, des systèmes, des métriques….

 

Quelle est l’influence de Porto Rico dans votre écriture ?

 MZ : Elle est partout. Il y a une partie de mon âme dans cette musique.  Cela est très important depuis 4 ou 5 ans. J’ai passé du temps à étudier la culture musicale de Porto Rico, l’histoire de la musique, le folklore. Du coup cela est parfois le propos de ma musique, parfois moins mais elle est toujours là. Il y a toujours une sorte de ‘’Porto’ Rican attitude’’.

 

Dans Awake ce background musical est présent mais on sent que vous allez au-delà ?

 MZ : Oui spécialement dans ce CD où mon propos n’était pas d’écrire autour du folklore ou de ma culture. Ce n’est pas le principal sujet de ce CD. Il y a beaucoup d’autres choses que je voulais mettre en avant et avant tout le son de groupe et la pulse.

 

Lorsque l’on vous entend, notamment en concert on entend dans votre jeu une progression harmonique et rythmique qui semblent très construits. Il y a plusieurs mouvements dans un même morceau. D’où tenez vous le goût pour ce type d’écriture ?

 MZ : C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé dans les cours de compositions et que je tiens aussi beaucoup de la musique classique. Mais aussi et surtout en écoutant des musiques du monde entier, d’Afrique ou d’Amérique du Sud ou encore la musique européenne. Cela m’a ouvert à une autre perception de la musique. Ce qui m’intéresse c’est de développer la forme d’une composition. Ecrire pour différente section qui sont à certains moments reliées par un motif. Dans mes morceaux il y a souvent des interludes par exemple, qui sont des moments de connection des différentes sections

 

Est-ce que «  Awake » est une part de votre recherche musicale ou bien est une sorte d’accomplissement ?

 MZ : « Awake » » a moins a voir avec mes recherches sur la musique Porto Ricaine que sur mon travail pour le groupe. C’est plus le point de départ d’une route que je voudrais suivre dans l’avenir. C’est une sorte de point  que je fais avec moi-même, sur ce que je veux faire, sur ce que je veux réussir, en essayant d’être honnête avec moi même.

 Est-ce une étape dans votre musique ?

 MZ : Oui c’est quelque chose de très personnel. Il arrive à un moment très personnel de ma vie où je parviens à grandir. C’est une étape pour aller vers autre chose. Je ne sais pas si l’on peut dire que j’ai trouvé quelque chose mais plutôt que je sais dans quelle direction je veux aller. Avant cet album je me sentais, comment dire, un peu collé dans un format. Et depuis cet album c’est comme si je me libérais de quelque chose.

 

On a pu lire dans une autre interview qu’il y avait un fondement religieux dans cet album.

 MZ : Absolument ! Tout simplement parce que je suis quelqu’un de très religieux.. Mais la religion inspire la musique que je fais d’une manière générale. Je ne veux pas trop développer cela mais il y a c’est ce côté spirituel qui anime ma musique. C’est quelque chose de très important dan ma vie et dans ma musique aussi. C’est difficile de parler d’aspects très spécifiques qui influenceraient ma musique. Ce qui est important c’est de partager quelque chose de très profond avec le public. Quelque chose d’essentiel. Quand je pense à ma musique  et à ce qu’elle peut produire c’est surtout à la relation spirituelle qui compte. Une connection avec quelque chose de très élevé.

                                                                                                                                

On a le sentiment en entendant votre musique qu’elle progresse toujours. Est-ce que vous-même avez le sentiment d’améliorer toujours votre jeu ?

 MZ : Oui je suis toujours dans ce processus. Mais ce n’est pas quelque chose auquel je pense. Il y a une part de moi même qui est comme ça. Qui cherche toujours à s’améliorer. C’est juste ma nature. Et devenir toujours meilleur est mon seul but dans la vie.

 

 Certains critiques parlant de votre musique parlaient d’une musique très introspective, que leur répondez vous ?

 MZ : En fait le propre de la musique c’est que chacun la ressent différemment. Chacun peut s’en faire sa propre opinion. Ce que la musique reflète vraiment c’est uniquement « vous ». Mais je pense que notre musique peut être très abordable par le public ou alors pas du tout. Et quand j’écris je ne pense pas à l’impact immédiat sur le public. Pour moi c’est un process plus long.

 Pouvez vous nous parler des membres de votre groupe ?

 MZ : Luis (Perdomo) et Hans (Glawhischnig) sont des musiciens avec qui je joue depuis pas mal de temps. Notre collaboration remonte à l’époque où nous jouions dans le groupe de David Sanchez. Luis cela fait très longtemps que je le connais et nous sommes tous les deux très amis. Henry (Cole), le batteur a rejoint le groupe il y a trois ans environ. Il est aussi de Porto Rico. Entre nous tous, nous arrivons à fabriquer une véritable alchimie.

 

 Pourquoi avez-vous choisi de jouer sur certains morceaux avec des cordes ?

 MZ : En fait au départ j’ai fait ce morceau (Lanamilla) pour ma femme. Et en écrivant ce morceau j’entendais les cordes. Du coup j’ai réellement écrit ces parties pour cordes pour ce morceau précisément. Puis j’ai trouvé que cela pourrait aussi apporter une autre couleur. Mais en fait tout cela résulte d’un long process car j’ai dû écrire spécifiquement pour les cordes et apprendre à le faire. C’est quelque chose pour lequel il a fallu que j’étudie un peu en matière d’instrumentation. Le plus difficile c’est que cela doit coller avec le groupe et surtout avec le contexte musical. Brandford a fait un gros boulot avec nous, en studio. Il nous a rendu les choses très faciles. Mais je ne vois pas les cordes comme l’aspect le plus important de mon travail. Le plus important c’est le groupe. Et surtout la couleur d’ensemble.

Quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi le label de Brandford Marsalis alors que l’on imagine de toutes les majors doivent vous faire des ponts d’or ? N’est ce pas risqué ?

MZ : La principale raison est le grand respect que je porte à Brandford. On a une relation très proche. Et il avait accepté de produire mes premiers albums. En fait lorsqu’il a créé son propre label il m’a approché pour me demander d’être le premier à inaugurer son catalogue. C’était un grand honneur pour moi. J’ai tellement de respect pour lui et pour son travail ! C’était un très grand compliment qu’il me faisait en me demandant de faire partie de ce projet. C’est la principale raison pour laquelle j’avais accepté. Il est donc normal que je reste sur son label.

Mais n’auriez vous pas eu une plus grande diffusion avec un autre label

MZ : Je ne sais pas. Si vous parlez de reconnaissance du public, c’est vrai c’est important. Mais ce n’est pas ce qui compte le plus pour moi. C’est vrai que c’est important d’être reconnu pour son travail, d’être appelé, de jouer pus. Mais ce qui compte avant tout pour moi c’est d’être heureux dans ce que je fais, être heureux avec moi-même. Je suis vraiment en paix avec moi-même aujourd’hui. Je fais les choses graduellement, pas à pas. Je travail de plus en plus. C’est bien pour moi. Je ne fais aucun complexe d’avoir une diffusion plus limitée.

 

Tout le monde est dithyrambique au sujet de votre album sauf Downbeat. Cela vous affecte t-il ?

MZ : En fait sincèrement, je ne lis pas les critiques et les commentaires sur mon travail. Je n’aime pas être influencé par ce que l’on pense de moi. Que ce soit positif ou négatif.

 

Hier soir le club était vraiment très chaud et les gens réagissaient à votre musique. Est-ce que cette atmosphère de club influence votre jeu ?

MZ : Oui je pense que cela a une influence sur le groupe en général. C’est une question d’énergie. Cela influe sur nous si les gens se sentent bien. Cette énergie circule. Mais pour moi je garde à l’esprit que de toutes façons, quelle que soit la réaction du public, je dois jouer de mon mieux. Il y a pour moi une sorte de quête très personnelle. J’essaie de faire abstraction du fait qu’il y ait peu de monde dans la salle ou au contraire qu’il y ait foule.

Transmettre est quelque chose qui semble important pour vous. Enseignez vous toujours ?

MZ : Oui la transmission est quelque chose de fondamental pour moi. Pas seulement enseigner mais transmettre la musique d’une manière générale. Pour moi ce n’est pas si important que les gens connaissent la musique. Ce qui importe c’est de créer un feeling avec cette musique. Ce qui importe c’est de créer ce sentiment de bonheur, de bien être, de joie. J’essaie de transmettre cela.

 

Avez-vous en tête votre futur projet ?

MZ : Oui, j’écris quelque chose pour la fondation Guggenheim qui sera très lié à Porto Rico autour de la Plena ( musique folklorique de Porto Rico). Ce sera très lié à l’influence de la musique africaine.

 

Miguel, sur votre site on voit que vous avez lu un livre que beaucoup de gens on lu, « The Road » de Cormack Mc Carthy ( Prix Pullitzer), belle source d’inspiration musicale non ?

MZ : Oui mais avec la musique on peut tout transformer. Pour moi c’est différent. Ce n’est pas parce que j’ai aimé quelque chose que je vais en faire de la musique. Mais c’est vrai que c’est un livre très profond.

Sur votre site o voit aussi que l’un de vos films préféré est « Paris je t’aime ». Est-ce vrai ?

MZ : définitivement oui.

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin et Bruno Pfeiffer

 

 

Miguel Zenon sera à Paris dans le cadre du Paris Jazz festival au Parc Floral avec le San Francisco Jazz Collective.

Retrouvez par ailleurs l’extrait vidéo du concert de Miguel Zenon sur les DNJ

 

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