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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 22:52

Cristal records




 
Cet enregistrement pris sur le vif le 3 novembre 2007, lors de la célébration de l’anniversaire du célèbre club de la rue des Lombards, sonne comme le rappel d’une évidence.  Celle selon laquelle le jazz perd une partie de son âme toutes les fois où il franchit les portes d’un studio d’enregistrement, dès lors qu’il se transforme en exercice de raison pure ou cherche, au nom de la nouveauté, à épater le bourgeois. Rien de tel ici, que l’on se rassure. Rien d’autre que la captation d’une soirée en club, dans sa continuité, dans sa progression, dans ses temps forts et ses (rares) temps morts, dans son jus. Une soirée juste un peu plus réussie que la moyenne, dans laquelle le quartet d’André Ceccarelli, reformé spécialement pour l’occasion, se fait plaisir et en donne sans compter à la poignée de spectateurs présents ce soir là et dont on peut suivre,  grâce à la qualité superlative de l’enregistrement, les réactions et les émois en écho aux propositions des musiciens. Le plaisir vient ici aussi de la durée. Au premier abord, l’idée de restituer le concert dans un double album peut rebuter : trop ambitieux, trop lourd, trop indigeste. A-t-on tant de temps à consacrer  à cette musique ? Pourquoi de surcroît s’être permis de faire figurer deux reprises de Giant steps, en ouverture et en fin de concert ? A l’écoute, miracle du live, le temps se raccourcit, la longueur des morceaux (entre 9’ et 14’ pour la plupart d’entre eux) se justifie, les soli s’enchaînent sans que la tension se relâche et l’on se dit que c’est précisément parce que chacun des musiciens dispose du temps nécessaire pour déployer ses idées, pour écouter ses partenaires, pour se répéter et se fourvoyer aussi parfois, que le résultat est aussi réussi et jouissif. Car il s’est joué de la très bonne musique ce soir là au Sunside. Une dizaine de morceaux tout au plus, dont une moitié de reprises de haute lignée (Giant Steps donc, Juju, Seven Steps to Heaven, Take the Coltrane) et une moitié d’originaux (signés notamment Sylvain Beuf et Antonio Farao) parfois superbes (Sensible, Vera). Si le saxophone de Sylvain Beuf (soprano et ténor) est égal à sa réputation,  souvent brillant, parfois attendu, toujours intéressant, le trop sous-estimé pianiste italien Antonio Farao constitue la véritable révélation de cet album. Depuis quand a-t-on entendu un pianiste aussi fin, inventif et véloce ? D’une incroyable facilité dans certaines de ses envolées (Giant Steps version 2.), qui fait penser parfois à cet autre grand méconnu de Phineas Newborn, il parvient aussi à émouvoir, lorsqu’il tâtonne et dissonne, semblant presque hésitant parfois (Giant Steps, version 1.) L’ensemble est soutenu à un train d’enfer par une section rythmique toujours attentive et remarquable (Thomas Bramerie et André Ceccarelli). Rien de tout cela n’a vocation, on l’aura compris, à révolutionner l’histoire de la musique, mais depuis quand doit-on bouder son plaisir, surtout lorsque, comme la plupart des individus habitant cette planète, nous ne faisions pas partie de la quelque dizaines de privilégiés qui avaient eu le bon goût d’être au Sunside ce soir là… Loic Blondiaux

 

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