Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:10

Frantz Duchazeau

Ed. Sarbacane

2008, 23€

 

 

 Il est des petites merveilles dans le monde de la BD «musique » qui n’apparaissent que très rarement. Pas des BD qui ne s’occupent de musique que sous le prétexte d’une autre histoire mais au contraire de celles qui derrière un parcours de musicien s’attachent à donner de l’épaisseur à leur personnage.

C’est Meteor Slim, ici, personnage de fiction qui en occupe toute la trame. Bluesman du Delta, qui trimballe en salopette des champs sa vieille guitare de ville en ville sur les routes qui longent le Mississipi. Personnage attachant s’il en est, pas spécialement bon chanteur, pas spécialement bon guitariste mais que le blues cheville au corps comme une seconde peau. Au point d’abandonner sa femme enceinte pour se lancer sur les routes et conquérir le monde. Il croise un jour sur sa route, le plus grand d’entre tous, Robert Johnson quelques temps avant la mort de ce dernier (nous sommes donc précisément en 1938) et poursuit son chemin sur ses routes des États-unis. Cette Amérique parsemée de clubs de jazz et de vieux bastringues pour musiciens noirs, pour chanteurs noirs et danseurs noirs. Meteor Slim comme un personnage émouvant aux idéaux purs, qui ne sortirait pas vraiment de l’enfance et croirait indéfectiblement en sa chance, sa bonne étoile. Candide dans un  monde brutal. Et l’on s’attache rapidement à ce personnage à peine esquissé aux contours perdus que l’on devine plus que l’on ne voit jamais vraiment avec précision. Personnage un peu perdu en lui-même, attaché à ses idéaux de musicien, à la recherche d’on ne sait trop quoi.

Le coup de crayon de Frantz Duchazeau comme au fusain, donne des effets d’ombres derrière lesquels on devine avec beaucoup de pudeur des expressions humaines terriblement émouvantes. Incroyable dessein qui suggère plus qu’il ne montre, qui dit les choses sans les dire et laisse le lecteur poursuivre lui-même les dialogues intérieurs toujours suggérés. Un dessin comme l’on en voit rarement, nous laissant entrer dans la vie de ce personnage un peu comme par effraction. Un peu comme si le blues racontait ce chemin, ce road movie où la musique côtoie la désillusion. Et l’errance.

Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0

commentaires