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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 07:28

Yolk 2008



Une nouvelle fois Alban Darche et sa troupe de déjantés du jazz que l’on avait récemment entendu avec Katerine reviennent avec un album particulièrement réussi. On a rarement atteint ce niveau d’écriture avec un big band mariant avec autant de modernité et d’exigence ce sentiment de liberté entièrement contrôlée. Il y est question toujours d’un espace tourneboulé où les voix et les pupitres s’emmêlent et s’enchevêtrent. Avec un sens assez solide du contrepoint, chacun qu’il soit soliste ou en section participe avec le même grain de folie à la bacchanale. Il ne s’agit pas d’un modèle statique où lorsque le soliste se place sur le devant, seuls ne restent en place que la rythmique. Non, ici tout autre chose. Les solistes et les sections de cuivres jouent ensemble, chacun avec une énergie et une puissance débordante et créent ainsi des tramages « forts » auxquels la guitare de Gilles Coronado apporte parfois une nuance légèrement rock. Polar Mood, pièce phare de l’album est un moment absolument génial d’écriture et d’arrangement mis en valeur par ailleurs par un chorus saisissant de Geoffroy Tamisier que l’on attendait pas dans un registre aussi mordant, nerveux et acéré. Au risque de perdre en cohérence et à renforcer cette impression de patchwork, Alban Darche, jamais enfermé dans un schéma caricatural et prédéterminé passe allègrement du rock à  la musique Klezmer, allie la musique de cirque ou de fanfare au jazz le plus dynamique à la façon parfois d’une Carla Bley. Alban Darche joue sans cesse à l’équilibriste, fait intervenir les cuivres, les fait disparaître, joue les chassés croisés, les sur et sous expositions. Avec cette science de l’arrangement, Darche s’offre même deux réécritures somptueuses de musique Klezmer (dont on se demande en revanche quelle est leur place ici) au travers un double hommage au grand clarinettiste Naftule Brandwein par deux compositions qui sont autant d’occasion de mettre en valeur Sylvain Rifflet à la clarinette puis Mathieu Donarier, tous les deux impressionnants. Ce qui ne laisse de surprendre c’est le travail admirable sur l’énergie. Alors que la complexité de ces enchevêtrements pourrait plonger plus d’une formation de ce type dans la tentation du « sous jouer », le Gros Cube au contraire ne perd jamais  en intensité. Totalement déchaîné et brillant. Il y a derrière la patte de Alban Darche, l’engagement de tout un groupe de musiciens collectivement acquis à la cause. Avec autant de rigueur musicale que de liberté ils soufflent un vent bien frais sur le jazz extra large.
Jean-Marc Gelin

 

 

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