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12 mars 2006 7 12 /03 /mars /2006 14:26

JJJJ  RENEE FLEMING: “Haunted hearts”

 

 

 

Universal 2006

 

 

 

 

 

 

Vous qui avez vilipendé les sopranos lyriques qui s’essayaient au jazz, vous qui avez souffert en entendant les Barbara Hendricks et les Jessie Norman dont les prestations en la matière relèvent généralement d’un massacre à la castafiore,  voilà un album qui vous obligera à réviser tous vos préjugés. Car Renée Fleming n’est pas une chanteuse de notes, c’est une véritable interprète des mots du chant. Sa tessiture d’ailleurs n’a pas la faiblesse cristalline de ses consoeurs lyrique dont la pureté du timbre s’accommode mal au phrasé du jazz. Non, lorsque la voix incroyable et profonde de Fleming plus accoutumée aux lieds de Schubert, rencontre le jazz, il se produit alors une alchimie rare, une véritable rencontre de deux univers. La voix de Renée Fleming possède cette clarté des ténèbres avec laquelle elle chante la gravité des mots simples. Lorsqu’elle chante  You’ve changed  elle y met la force d’une interprétation à faire pâlir d’envie la plus grande des chanteuse de jazz. Et parce que sa voix a la profondeur de certaines chanteuses de gospel ou de soul music, elle n’est pas sans rappeler celle d’une Aretha Franklin. Elle possède cette tessiture des voix noires et cette féminité farouche et sensuelle qui la rapproche du jazz. Universalité aussi du rapport avec le musicien. Rencontre des deux univers (classique et jazz) dans les deux sens d’ailleurs puisque si René Fleming choisit de s’attaquer à un répertoire de jazz riche et peu chanté par ailleurs (hormis peut être un magnifique My one and only love), elle offre aussi à Fred Hersh (au piano) et à Bill Frisell (à la guitare) la possibilité de venir aussi s’essayer au répertoire classique. Démonstration de l’universalité du langage comme lorsqu’elle invite le guitariste à l’accompagner sur son terrain pour interpréter en duo un lied de Schubert. Ou lorsque, en rapprochant les harmonies de Wozzeck d’Alan Berg et the Midnight Sun de Lionel Hampton, elle jette avec Fred Hersh un pont évident entre les deux rives. Au point même que l’universalité de son langage lui permet de s’approprier, sans se dénaturer, Stevie Wonder (My chérie amour) ou John Lennon (In my life). Son duo avec Bill Frisell sur The moon’s a harsh mistress est un modèle du genre et véhicule une force  émotionnelle incroyable. Modèle absolu de dépouillement du chant. Consécration de l’expressivité du chant. Il n’est pas étonnant alors que cette chanteuse, qui ne renie aucun des mondes qui la construisent  soit parvenue un jour à tirer des larmes à son professeur, le saxophoniste Illinois Jacquet sur You’ve Changed lors d’une master class de jazz. Preuve s’il en est que la chanteuse possède dans ses bagages une très large culture, elle place dans son panthéon des chanteurs qui meublent sa discothèque des gens comme Shirley Horn ou Kurt Elling. Mais Renée Fleming apporte aussi l’illustration que le jazz ne se résout pas au swing. Qu’il est aussi et avant tout l’expression d’une liberté forte, d’un véritable état d’âme.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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commentaires

kfigaro 04/09/2006 15:26

Il va falloir que je déniches ça, car cette chronique donne vraiment envie !!!... miam, miam...

et j'adore pour ma part les "ponts" jetés entre les genres (classique-jazz, classique-folklore, etc...)