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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 07:10

David Sanchez (Ts)

 



 
Il y a des disques qui ne se donnent pas à la première écoute. De ceux qui vous feraient croire à quelque chose d’anodin. Epiphénoménal en quelque sorte. Mais il y a aussi ces disques qui ne se révèlent qu’après coup, à la nième écoute. Sur lesquels il faut revenir plusieurs fois afin d’en déceler les trésors. Qui révèlent leurs secrets ensuite. L’album de David Sanchez est de ceux là. Curieux, au même moment sortent l’album de deux saxophonistes Portoricains qui par ailleurs se connaissent, l’un (Zenon) ayant beaucoup joué dans le groupe de l’autre ( Sanchez). Et ce sont deux démarches tout à fait différentes mais non moins personnelles dont il s’agit. Alors que Zenon ( voir l’article de Lionel Eskenazi et notre ITW) se réclame de Steve Coleman, David Sachez au contraire est plutôt dans la suite d’un jazz post-fusion ici largement assumé et dépassé (on pense notamment à Metheny). Moins virtuose que lyrique, David Sanchez est un saxophoniste ténor de très très grande classe. Discours bouillonnant sans jamais se montrer explosif, rare de maîtrise, domptant les courbes et les droites sans aucun dérapage  incontrôlé, sonorité ciselée. David Sanchez a l’élégance des très grands. Mais alors que la démarche de Zenon se veut plus intime, dépassant sa propre histoire, celle de Sanchez reste ancrée dans une tradition multiple. Celle, on l’a dit d’un jazz post-fusion  (Adoracion) mais aussi de sa propre culture qu’il distille soit au travers d’une allusion soit lors d’un très long développement de 20mn qui clôture l’album et qui prend pour point de départ, la Plena, cette musique portoricaine qui tire sa source directement d’Afrique (La  Leyenda Del Cañaveral). Ceux qui ont récemment entendu Jacques Schwartz Bart ne seront pas surpris par ce type de travail. Mais la tradition c’est aussi le respect dû aux grands maîtres du saxophone et David Sanchez livre ainsi une lecture somptueuse de Monk’s Mood, montrant ainsi combien il reste ancré dans la tradition du jazz. S’appuyant sur une belle formation qui tourne impeccablement et que l’on retrouve en partie chez Zenon (le bassiste et le batteur) et par un jeune guitariste totalement bluffant, la musique de Sanchez n’en est pas pour autant irrésistible et l’on conçoit que certains pourraient y voir une sorte d’esthétique un peu froide qui pourrait bien vous faire passer à côté. A force de discours fleuve et de lyrisme puissant, on en oublie presque les interventions d’un Danilo Perez qui deviennent anecdotiques. Mais il faut y revenir et y revenir pour  découvrir enfin cet album. Car il s’agit réellement d’un album remarquable. Beaucoup plus fin et moins ambivalent qu’il n’y paraît à la première écoute.                                                         Jean-Marc Gelin

 

 

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