Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 05:51

Elabeth




Voilà avec cet album du trompettiste Fabien Mary en octet, formidable extension de son quartet, l’occasion d’exprimer (avec retard) l’un de nos coups de cœur de cette saison et assurément  notre plus belle découverte.

 Voilà une formation difficile à assumer aujourd’hui en club ou en festival mais le jeune trompettiste s’est payé le luxe d’écrire pour un ensemble plus étoffé, avec des solistes de talent comme  Pierrick Pedron à l’alto,  David Sauzay au ténor, Thomas Savy à la clarinette basse et au baryton, Jerry Edwards au trombone.

Ecrivant dans l’esprit des arrangeurs des années 55- 65 qu’il admire profondément comme Gigi Gryce ou Jimmy Heath, la musique de Mary fait resurgir ce que l’on n’attendait  (et n’entendait) plus . Le trompettiste écrit en référence à une époque révolue, sur le versant du hard bop, et du jazz West coast : au plus près de sa source, Fabien Mary aime  Kenny Dorham et nous donne envie de réécouter le trompettiste de Blue Note, pour lequel nous avons aussi un faible. Mais il n’y a pas que Dorham que Mary maîtrise sur le bout des doigts : il connaît aussi le formidable Conte Candoli et le plus qu’estimable  Jack Sheldon (il nous revient en effet des parfums du Giuffre des sessions des « Four brothers »).

Plus qu’un travail d’hommage, un énième nouveau ‘tribute’, ses arrangements traduisent un véritable amour, une connaissance précise de cette musique. Entouré d’une rythmique impeccable (Mourad Benhammou et Fabien Marcoz),  une place généreuse  est faite au guitariste Hugo Lippi,  le compagnon absolument indispensable, aux interventions lumineuses. Quant aux soufflants, ils donnent à l’ensemble une  belle carrure, entre soli musclés et unissons complices, avec un réjouissant swing basien.

Fabien Mary, jamais dans la brillance aiguë et la seule virtuosité, entre discrètement sur certains thèmes,  avec une sonorité légèrement voilée. Il prend un envol  d’autant plus surprenant  dans  «  From this moment on » de Cole Porter,  ou certaines de ses  compositions  très enlevées, « Hide and seek », ou « B.G » :  de longues  phrases  que l’on écouterait presque pour le seul plaisir de se perdre dans les détours de ce discours parfaitement articulé.

Sans s’occuper des modes, à contre courant même, cette formation sérieuse et sensible suit un chemin bien solitaire aujourd’hui, plutôt courageux. En tous les cas, la leçon a été vue,  apprise et reprise, et  prolongée.

Nous aimons  décidément beaucoup cet album,  avec le cœur et la raison.

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0

commentaires