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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:11

de James Gavin

 Denoël ; Joseph Losfeld 2008, 473 p., 29 euros

 

 

La « Longue nuit de Chet Baker »  tel est le titre de cette biographie entreprise par le journaliste américain James Gavin. En cette année où nous célébrons le vingtième anniversaire de la mort du trompettiste de l’Oklahoma, il fallait s’attendre à ce que tous les documents sur sa vie et son oeuvre fassent florès.

Après avoir vu « Let’s get Lost » le film de Bruce Weber dans sa version finale nous étions ressortis avec cette impression bizarre d’une grande manipulation autour de l’image du trompettiste. Manipulés par Chet lui-même, manipulés par ceux qui utilisent son image, manipulés par ses proches. La lecture de cette biographie  ne dissipe pas ce sentiment. Car ce qui se voudrait être l’ouvrage de référence, nous laisse peu ou prou la même impression. La « Longue Nuit de Chet Baker » dont il est ici question est avant et surtout une très longue et étouffante plongée dans l’univers du trompettiste. Une longue et pénible descente aux enfers aux côté d’un junkie dont la vie, si ce n’était Chet Baker serait somme toute bien peu intéressante. Car dans une vision à l’américaine de l’histoire, James Gavin nous propose durant 500 pages une vision très événementielle de sa vie suivant pas à pas et selon un ordre désespérément (mais aussi précieusement) chronologique, les journée d’un junkie obsédé  par la seule idée de nourrir le singe, se procurer sa nouvelle dose de drogue. L’ensemble est basé sur les récits et les témoignages des proches de Chet Baker, essentiellement ceux que l’on a pu voir dans le film. Chet Baker y est donc totalement démythifié. C’est l’image d’un sale type, manipulateur, violent, menteur et quasiment démoniaque qui apparaît ici. Rien ne nous est épargné jusqu’aux détails les plus sordides de sa vie et aux descriptions physiques insoutenables. Qu’on se le dise, Chet Baker est présenté comme l’un des plus grand fils de pute qui soit. Comme s’il voulait se livrer à une opération « vérité », James Gavin s’acharne sur son sujet ne lui trouvant que peu de mérite. Ses talents de musiciens sont réduits au simple « hasard » d’un talent venu du ciel. Et encore lorsque l’auteur lui en accorde un peu. Car pour ce qui est de l’analyse musicale, l’auteur passe totalement à côté de son sujet dont on voit qu’il est peu au fait de ce que représente le jazz. La vie de Chet Baker telle qu’elle nous est présentée ici, et l’ensemble de ses enregistrements , de ses concerts, de ses rencontres semblent résulter d’un gigantesque « non choix », dicté par la drogue et par l’urgence. Jusqu’à par exemple céder un jour l’ensemble de ses royalties à un producteur véreux qui laissera jusqu’à la fin de ses jours le trompettiste vivre dans des conditions miséreuses, dans u état de quasi esclavage musical dont il ne se sortira jamais vraiment.

Détruit par la drogue, ses relations aux autres, et ce nonobstant l’amour qui régnait autour de lui, devenaient rapidement exécrables. Les versions que James Gavin expose des rapports qu’entretenait Chet Baker avec certains musiciens dont Stan Getz et Gerry Mulligan sont à ce titre édifiantes.

Mais après 473 pages étouffantes de cette longue nuit, Chet Baker aura beau nous être présenté comme l’un des plus immondes salopard ,le mystère de sa musique reste entier et pas le moins du monde élucidé. Et en cela le pouvoir de fascination de Chet Baker n’en sort finalement que renforcé et l’image du musicien déchiré, éternelle victime de lui-même n’est pas égratignée malgré l’acharnement du journaliste.

James Gavin en effet, ne se laisse pas enfermer dans le dilemme « cliché » : « mi ange – mi démon » et choisi clairement son camp. Celui dont il prend le parti nous parle de la face la plus sombre de Chet Baker.

Jean-Marc Gelin

 

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