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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 08:12

JJJJJacques Schwarz-Bart : « ABYSS »
Universal Jazz 2008


 Le fils d'écrivains célèbres a-t-il choisi un art sans paroles, la musique, pour éviter le risque d'entrer en concurrence avec ses parents? Est-ce bien l'écoute de John Coltrane, comme il l'avance, qui lui a fait abandonner le confort d'une carrière toute tracée dans l'administration? Le stade de dénuement et de solitude à New-York traversé à la suite de cette décision l'a-t-il confronté à ses propres profondeurs? Beaucoup d'interrogations trouvent sans doute réponses dans le style volcanique de "Brother Jacques", devenu en quelques années la coqueluche des clubs de Manhattan. Le saxophone ténor crache la lave dans le second CD "ABYSS", une immersion bienfaisante dans son bouillonnement intime. Coltrane apparaît dans chaque jaillissement, Dexter Gordon dans le phrasé, et dans les charges émotionnelles répétées, fait irruption (volcanique) le GWO-KA antillais. Bouleversé cette année par la mort de son père, le Guadeloupéen tire encore davantage les tiges de ses racines et ses cris strient le ciel rouge de ses volutes. Il adresse à son père une prière des morts, un kaddish poignant,dans la tradition juive, tandis que le Gwo-Ka bat le tocsin de ses lancinantes invocations. Des
étincelles aveuglantes enveloppent le bûcher funéraire. Deux morceaux sont consacrés à ses parents, "André", et "Simone". L'auteur débute cette dernière pièce en lisant un poème en créole et enregistre un contre-chant. Pour que la musique reste en suspension, pas de batterie dans le disque. En revanche, le battement des percussions d'Olivier Juste et de  Sonny Troupé
règlent les airs à l'heure du coeur. Deux basses aussi vrombissent. Celle de Reggie Workman, avec qui il a joué chez Roy Hargrove. Celle de l'Antillais Thierry Fanfan, sur trois morceaux. En maître de cérémonie, Guy Conquet, le maître incontesté, scande de sa voix hallucinée le jeu incessant de va-et-vient typiques du Gwo-Ka; sur "An Ba Mongo La", on chavire.
Schwarz-Bart entre en osmose avec ses parents au point que son style au ténor rejoigne le leur dans l'écriture : posé et flamboyant comme celui de sa mère. Spatial et rigoureux comme celui de son père. John Scofield apparaît sur le morceau "Abyss". Sa guitare éparpille les cendres dans l'espace devenu sacré.

Bruno Pfeiffer

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