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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:53

Sélection et texte de Jean Pierre LION

Dessins et Scénario de Grégory ELBAZ




Voilà assurément une des pièces les plus étonnantes de la collection BD Jazz de chez Nocturne : dans sa dernière livraison , la maison d’édition rend hommage  à  Bix Beiderbecke, l’un des premiers solistes blancs, pionniers du « Jazz Age ».

Jean-Pierre Lion, chef d’entreprise dans le civil, a consacré quatre années à écrire la biographie du roi du cornet, indispensable pour mieux approcher le mystère de cette personnalité qui vivait en marge de sa propre existence..  Il était donc le mieux placé pour écrire les textes et sélectionner la discographie du  double album NOCTURNE et il s‘est acquitté de la tâche avec la même  précision érudite que pour son ouvrage colossal aux éditions Outre mesure (352 pages et 140 photos dont beaucoup inédites, avec la discographie complète du musicien).  Les  deux albums Nocturne illustrent la courte période d’activité discographique du cornettiste : de l’aventure initiale avec les Wolverines en 1924 ( le premier solo de Bix sur « Jazz Me Blues »), aux ultimes faces gravées en septembre 1930 « I’ll be a friend with pleasure » et  surtout le poignant « Georgia on my mind » du 15 septembre, tout dernier enregistrement de Bix, épuisé et littéralement  à bout de souffle .

Les grandes réussites ne sont pas oubliées, avec les chefs d’œuvre de 1927, la grande année bixienne (« Singin the blues », « Slow River », « Riverboat shuffle », « I’m coming Virginia » ) sans oublier les enregistrements souvent peu estimés (à tort) avec l’orchestre de Paul Whiteman (« Lonely melody », « From Monday on », « You took advantage of me »…). Enfin une perle rare est également à (re)découvrir : le seul titre enregistré par Bix lui même, au piano, « In a mist ».

Bix fut l’un des premiers solistes à affirmer un talent original, empreint de  poésie lyrique, intimiste et nuancée où inspiration et swing n’étaient jamais en défaut. Bix était détaché de tout sauf de la musique, affranchi du principe de réalité. C’est cet angle d’approche qu’a choisi le dessinateur Grégory Elbaz, pour illustrer le numéro. Avec un scénario très original au graphisme étrangement décalé, dans une encre à la couleur incertaine (entre gris noir et sépia) , il produit à ce jour  l’une des bandes dessinées les plus singulières de toute la collection. Le jeune Avignonnais a cherché à rendre compte de l’originalité de ce musicien, au-delà du mythe. Il insiste sur le caractère fantastique,  surnaturel de ce musicien plus que sur son addiction : il tient  à montrer ce qui en faisait un précurseur à l’heure même où son contemporain Louis Armstrong abordait une carrière exemplaire autant par la production que par la longévité. Il en fait un être d’une autre planète, simplement de passage sur notre terre, un O.V.N.I  musical plus qu’un être de chair et de sang. Cet aspect lunaire et fantasmatique est souligné par un texte soigné,  poétique et inspiré.

Ce numéro de chez Nocturne devrait rencontrer un vrai succès. Leon Bismarck Beiderbecke a  alimenté à son insu le mythe, inaugurant  la liste tragique des figures musicales hallucinées qui se brûlèrent les ailes. Il méritait bien que l’on s’en souvienne avec un pareil hommage.

Sophie Chambon

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