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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 07:35

Laïka : « Misery »

Blujazz » 2008




Quatre ans ou presque sans nouvelles discographiques de la chanteuse française d’origine ivoiro-marocaine, Laïka Fatien. On ne peut pas dire qu’elle soit de ces chanteuses nous inondent de productions. Elle nous avait fortement impressionnée en 2004 avec son disque-hommage à sa mère, Look at me now. Elle nous revient cette année avec un hommage à sa mère spirituelle, Billie Holliday, à laquelle elle joint sa voix pour nous dit-elle « célébrer la beauté, le courage, la force dont elle fit preuve jusqu’à son dernier soupir ». Un hommage en toute humilité et simplicité. Un hommage qui s’ouvre avec le piano sombre et intense de Robert Glasper, extraordinairement inventif, immensément inspiré, aspiré et respiré par la chanteuse à la manière de Mal Waldron (dans ses duos avec Jeanne Lee). L’album est dédié à la mémoire de Thomas Shipp et d’Abraham Smith, ces deux afro-américains battus et pendus en 1930 par une foule en colère. Laurent Beitler photographia ces corps morts se balançant à un arbre et cette photo inspira à Abel Meeropol, Strange Fruit, le puissant cri de révolte que le public de Billie Holiday aimait tant entendre : « Les arbres du Sud portent un fruit étrange, du sang sur les feuilles, du sang à la racine, des corps noirs se balançant dans la brise du Sud, un fruit étrange pendu aux peupliers ». Dès les premiers accords Laïka Fatien s’installe dans ces mots et dans cette musique de manière très personnelle et très moderne. Elle offre une interprétation sobre sans trémolos ou lamentos, sans se laisser happer par une quelconque émotion de titres parfois méconnus de Billie (You can’t lose a broken heart). C’est une femme d’aujourd’hui extrêmement forte et une chanteuse de jazz sensible qui s’approprie complètement ce répertoire avec l’aide d’excellents musiciens. Car la jeune femme a très bien su s’entourer pour cet album. Elle y convie pour trois morceaux le très généreux saxophoniste ténor David El Malek et son trio de musiciens est très efficace. Mais c’est surtout le pianiste Robert Glasper qui nous surprend sur cet album. De lui, nous ne connaissions pas grand-chose et nous le découvrons ici très en verve, sublime dans les ténèbres (Strange fruit) , lumineux dans les profondeurs (How deep is the ocean), intense dans la solitude (Left alone).

Régine Coqueran

 

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