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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 17:42

Éditorial AVRIL

 

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas si vous aviez des doutes mais nous on peut vous rassurer. La musique est une affaire de professionnels pour professionnels. Il y a des sachants qui causent entre eux et s’échangent leur savoir entre eux, pour que vous, public béat et spectateurs éclairés vous puissiez écouter sagement et sans mot dire ce que l’on vous propose. Quand à laisser des espaces de création, des passages de témoins aux amateurs, c’est une toute autre histoire.

 

 

C’est en tous cas ce que doit penser l’Ariam (Association régionale d’information et d’actions musicales) qui vient de décider après plus de 15 années d’ateliers ouverts aux amateurs, de les supprimer tout bonnement et de faire de cette noble institution un lieu exclusivement réservé à la formation pour formateurs. Que l’élite reste ente elle. L’école c’est pour les gens qui veulent en faire leur métier, pas leur passion ! Cette décision est brutale pour les centaines d’élèves amateurs qui trouvaient là un espace d’apprentissage que leur refusent souvent les conservatoires, fermés au public adulte. Elle l’est tout autant pour les enseignants qui tous affirment la magie qui régnait dans ces lieux d’échange. Lieux de passion pour passionnés. Lieux de flammes partagées.

 

 

 

 

Il y a selon nous dans cette décision une grande stupidité. D’abord parce qu’on ne forme pas des formateurs en ayant perdu tout contact avec les élèves, fussent ils de simples amateurs.

 

 

Ensuite parce qu’il y a dans cette décision une indicible ignorance de ce que doit être la transmission de la connaissance. L’ignorance de ce que le meilleur des maîtres ne se nourrit pas que de son propre savoir mais aussi de l’échange avec celui qui ne sait pas. Qu’il se nourrit autant de ses connaissances que de l’esprit critique qu’il créé chez son disciple. La grand philosophe George Steiner : « La libido sciendi, la soif de connaissance, le besoin ardent de comprendre, sont inscrits dans le meilleur des hommes et des femmes. Comme l’est la vocation d’enseignant. Il n’est pas de métier plus privilégié […]. Fût-ce à un humble niveau, celui du maître d’école, enseigner, bien enseigner, c’est se rendre complice du possible transcendant »

 

 

Mais plus généralement alors que certains élus en France se battent pour instaurer une démocratie participative, et offrir aux citoyens des lieux d’expression, d’action et d’interaction, la décision de l’Ariam de fermer ses portes au peuple des citoyens de la musique nous semble extraordinairement rétrograde. Cette décision qui, paraît il n’a rien de financier mais procède juste d’une volonté politique va à l’encontre de ce qui se dit ailleurs, dans la rue. Avec la véhémence que l’on sait.

 

 

Le risque est alors de voir un grand nombre d’amateurs se détourner de l’art qui les anime faute de lieu d’apprentissage et par là même d’expression. Et c’est alors casser une des chaînes de la transmission du savoir. Celle qui va de l’enseignant à l’élève (ici l’amateur souvent adulte) et donc à l’enfant. Et c’est  cloisonner encore un peu plus les structures sociales dans lesquelles nous évoluons et dont nous aspirons à sortir un peu comme une bouffée d’oxygène indispensable à la cohérence du corps social par ailleurs bien fragilisé. On ne sait pas trop ce que la musique peut à gagner là dedans. On voit simplement ce que la culture en particulier et la société en général  ont à y perdre.

 

 

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