Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:30

Stunt/Nocturne – 2008

 


Quand Jean-Marc Gelin me "convoque" à déjeuner, c'est généralement pour papoter autour des derniers ragots du monde du jazz.

Ou plutôt l'inverse ... je ne sais plus!

Quoiqu'il en soit je repars toujours les mains pleines de cds. Souvent les artistes me sont totalement inconnus. C'est le cas de Jonas Westergaard. Comme souvent, je fais une copie du cd et la colle directement sur mon ipod. Les noms de l'artiste et de l'album sont les seuls renseignements dont je dispose pour écouter. Cette méthode a l'avantage d'écouter avec l'oreille vierge de tout a-priori. Et le jour vint! C'était le tour de "Helgoland" de Jonas Westergaard.

Westergaard est un contrebassiste danois d'une trentaine d'années, élève de Mark Desser lors de son séjour de trois ans à New York et primé par la radio danoise Danois en 2006. Par le passé, il a fait preuve de ses qualités d'instrumentistes, de compositeur-arrangeur et de chef d'orchestre. Et tout son talent prend forme avec ce nonet danois.

Le premier morceau commence dans le silence, une musique peuplée de notes silencieuses, apparaît un chuchotement, une complainte douce qui grandit, qui envahit nos oreilles et nous laisse coi. Le sax déchirant de Jesper Zeuthen (as) nous transperce. Pas cette déchirure qui fait mal, mais celle qui donne l'émotion qui fait du bien. Par son discours ultra-mélodieux et travaillé, Zeuthen galvanise la pièce.

La musique de cette œuvre ressemble à un long silence. Les notes silencieuses du premier morceau deviennent obsessionnelles et nous hantent à travers tout l'album. La musique est lente ou rapide, elle semble attirée ou retenue dans l'instant passé. Comme si on la sortait d'un long silence. Un peu comme un réveil dans un lit douillet après une bonne nuit, moment que l'on souhaite prolonger. Cette sensation est audible sur les deux premières pièces "Helgoland" et le bien-nommé "Dream". Mais elle reste perceptible sur les cinq autres compositions de Westergaard.

La douceur des instrumentistes, leur émotion et leur retenue donnent à cette musique un côté précieux alors même qu'elles prennent leurs inspirations dans des sales et vieilles histoires empruntées à Ellington ou à Gil Evans. Point de retours nostalgiques sur les anciens, au contraire. Il s'agit plutôt d'une musique vivifiante scrupuleusement orientée vers l'improvisation actuelle mais qui ne fait pas "la grimace à la tradition". Prenons "Over The Hill", hommage à Andrew Hill, décédé en 2007 mais toujours moderne à l'écoute. Westergaard y transcende la modernité de l'orchestre de Hill avec une écriture mêlant un arrangement harmonique légèrement décalé, cher à Hill, et un swing léger et staccato. Sur cette pièce, l'excellent batteur Jakob Hoyer gratifie la pièce d'un superbe chorus de batterie démonstratif, très rafraîchissant et moderne.

Westergaard ne s'est pas entouré des derniers venus: Peter Fuglsang est aux clarinettes, Jakob Bro à la guitare et Jesper Zeuther au sax alto particulièrement bien éclairé par le mixage. Jakob Bro, guitariste de Paul Motion qu'on peut entendre en long et en large sur le cd du saxophoniste Jakob Dinesen, est particulièrement remarquable par la douceur de ses notes et ses "accompagnements-chorus" sur "Red River". Peu démonstratif sur l'ensemble du cd, il joue pour la musique et participe activement à l'homogénéité et l'équilibre de l'orchestre. Au bord de la complainte, le sax de Zeuthen brille par ses hésitations, ses trémolos noueux et sa tessiture qui nous émeut. Son introduction et son chorus sur la dernière pièce "Until It's Time" est une démonstration lumineuse de l'art du jeune saxophoniste danois. Comme si cette pièce avait été composée et arrangée pour lui. Pour terminer, mention spéciale au pianiste Soren Kjaergaard dont les clapotis instrumentaux accompagne la musique avec un côté essayiste et expérimental véritablement agréable.

L'orchestre est soudé, le musique est dense malgré son apparent silence, son atmosphère cotonneuse. Mais cet homogénéité n'est pas le fruit d'un hasard. Les musiciens se côtoient, jouent ensemble dans des univers musicaux outre-Atlantique. Soren Kjaergaard joue avec Westergaard dans le Michael Blake's Blake Tartare et dans Bandapart avec Jakob Bro...

Enfin et surtout, Westargaard est un fin compositeur et extraordinaire arrangeur. Les sept pièces sont toutes très belles et partagent le même cachet.

Voilà peut-être un disque à intégrer dans le top-ten des disques de l'année; en tout cas une réussite totale de Westergaard et du jazz danois. Jérôme GRANSAC

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires