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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 07:27

JJJJ THOMAS SAVY: « Archipel »

 

 

 

Nocturne 2006

 

 

 

Beaucoup pensent ne pas connaître Thomas Savy qui signe là son premier album. Et beaucoup se trompent. Car Thomas est pour beaucoup de jazzmen l’un des sideman les plus recherché. On le retrouve chez Vincent Artaud, Pierrick Pedron ou Christophe Dal Sasso sans compter le nombre incalculable de prestations en sideman dans les clubs. Et chaque fois cette même constante qui en fait un partenaire particulièrement recherché : le « son » Thomas Savy à la clarinette basse, instrument qu’il s’est approprié au point d’incarner aujourd’hui l’instrument sur la scène française du jazz. Cet élève doué qui a quitté ses études classiques pour rejoindre les bataillons de Jeanneau et Théberge au CNSM a quasiment abandonné tous les autres anches pour ne se consacrer qu’à cet instrument. Au point que l’on croit y entendre à la fois le clarinettiste Jimmy Giuffre dans l’oreille droite et dans les aigus et le sax baryton Pepper Adam dans l’oreille gauche lorsqu’il descend dans les graves. Car Thomas Savy possède cette sorte de respiration profonde et chantante qui le porte à mettre en valeur les structures mélodiques et rythmiques les plus évidentes. Un discours épuré, simple et beau. Le capiteux de la clarinette basse. Le son délicat du bruit des clés. Un art de la mesure en toute chose. Jamais dans la surexpressivité. Un murmure caressant. Les clarinettistes ont parfois de ces pudeurs !

 

 

 

Et pourtant dans « Archipel » Thomas Savy avec Vincent Artaud à la direction artistique se révèle d’une grande audace. Car il est audacieux  de passer, tout en restant cohérent, du rock furieux « ma non troppo » (Rock on où Thomas Savy transcende son instrument) à un classique et très Ravelien Pour Pierre, à un jazz modal pour jus (single track road ) voire plus free (comme le bien nommé Solo) ou encore comme au très Strayhornien 19/08/03 dans lequel Thomas Savy, dans les graves parvient à faire trembler les murs. Le titre éponyme, Archipel, est un des points culminant de l’album, un morceau dans lequel chaque membre de la formation ajoute sa patte pour, en surimpression les uns par rapport aux autres  construire un thème aux arrangements magnifiquement poétiques. Une Exploration Debussienne. L’audace aussi d’insérer dans un disque de jazz une très jolie comptine enfantine à la ligne mélodique simple, aux contrepoints enchevêtrés mais bouleversante d’émotion simple.

 

 

 

La cohésion de cette formation ne contribue pas qu’un peu à la cohérence de cet album mosaïque. Synthèse audacieuse des univers chers au clarinettiste qui signe là toutes les compositions. Audace vagabonde que Thomas Savy peut se permettre dans la mesure où il possède dans le son de sa clarinette basse toute l’histoire de l’instrument dont il porte l’héritage. Ce son magnifique, c’est sa propre cohérence. Jamais dénaturé. Jamais caricaturé. Sorte de fil directeur, d’âme conductrice de cet album merveilleux.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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