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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:16

Cam Jazz – 2008




 
Il est des rencontres dont le charme se révèle immédiatement par l’intelligence et la sensualité qui s’en dégagent d’emblée, dans les premières secondes de l’échange. Celles du saxophoniste Ellery Eskelin, de la pianiste Sylvie Courvoisier et du violoncelliste Vincent Courtois est de celles là. Ce qui relevait au départ de moments d’improvisation destinés à être exclusivement réalisés sur scène lors d’une première rencontre organisée à l’initiative de Vincent Courtois dans le cadre de ce formidable laboratoire qu’est banlieues Bleues en 2002, puis à plusieurs occasions au Triton, ne devait a priori pas donner lieu à un enregistrement en studio. C’est pourtant ce pari qu’à tenté et réussi avec brio le trio sous l’égide du label Cam jazz. Il y a dans ces rencontres, où l’on ne distingue plus vraiment les parties écrites des parties improvisées, une intelligence et, on l’a dit, une sensualité musicale extrême. C’est un peu à la manière d’un jeu érotique de préliminaires où les peaux réagissent, les sens s’éveillent, où tout est dans l’attente de l’autre et le don de soi. Un moment où l’on attend que le premier bouge pour bouger à son tour. Où il est question de frôlements des timbres, des morsures, de se pousser, de s’enrouler, s’entortiller l’un avec l’autre, de s’échapper les uns des autres aussi. Il y  est donc question d’écoute, d’interaction, de questions-réponse. Il y est surtout question d’intelligence d’une musique qui sait se rendre captivante. Intelligence d’une musique qui découvre un infini de textures et de sons que ces trois là parviennent à explorer ensemble jouant sur tous les registres de leurs instruments, du piano préparé aux bois frappés, aux cordes pincées, grattées, au saxophone râlant, plaignant, susurrant. A tour de rôle chacun délimite les espaces des autres. Sylvie Courvoisier apporte un chromatisme poétique dense dans une sorte d’expressionnisme diffus. Ellery Eskelin se montre décisif et tranchant dans un propos doux-amer qu’il partage avec la pianiste. Quand à Vincent Courtois c’est le maître d’œuvre de cette rencontre, génial entremetteur à la foultitude d’idées foisonnantes.

Entre jazz, classique (on entend parfois du Mahler dans Nocturne), et musique contemporaine, ces trois là, co-auteur des 11 titres qui composent l’album développent un sens rare de l’espace et de l’instant. L’espace de jeu d’abord, qu’ils se créent eux-mêmes et l’apprivoisement d’un temps immédiat. Un temps court ou un temps long qu’ils modèlent à volonté. On les imagine, acteurs d’une pantomime silencieuse jouant d’expressions, utilisant l’espace d’un plateau de théâtre pour se mouvoir et s’entraîner. Car il y a du mouvement dans cette musique là. Et c’est de bout en bout totalement fascinant.  Jean-Marc Gelin

 

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