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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:44

www.lowerb.com – 2008

Bertrand Lauer (ss), Mauro Gargano (cb), Luc Isenmann (dm), Manu Codjia (g)




Bertrand Lower fait partie de cette génération des joueurs de sopranos entièrement dévoués à leur instrument. Des sopranistes qui, dans la foulée des maîtres du genre (Lacy bien sûr mais aussi Liebmann ou François Jeanneau dont il fût l’élève accompli) possèdent une technique exemplaire qui leur permet de jouer bien mieux que de simplement jouer beau. De ceux qui maîtrisent une technique exceptionnelle mais ont su la dépasser. Une technique toute entière au service de jazz où le sens de la mélodie et du swing (on dit aujourd’hui « groove » mais l’on préfère ici swing dans son acception modernisée) s’allie à celui de l’improvisation. Netteté de la phrase, puissance et pureté du son dénué de vibrato, notes tenues et entrelacées sont des traits que l’on trouve autant chez Bertrand Lauer que chez quelques uns de ses brillants camarades, dont Jean-Charles Richard (lui aussi élève de Jeanneau) et Émile Parisien en sont les illustres et jeunes symboles.

Dès l’ouverture de l’album, Bertrand Lauer met la barre très haut, faisant souffler sur ce premier titre, ce qui fait la marque des plus grands, à savoir l’énergie dans le discours. Ne vous y trompez pas, tous les professeurs de musique vous le dirons, mettre de l’énergie n’est pas jouer fort. C’est tout autre chose. On craint pourtant d’avoir à faire à une sorte de premier album ultra démonstratif.  Il est rare en effet d’entendre d’emblée un joueur de soprano jouer aussi vite, si puissamment avec autant de virtuosité. Il n’en est pourtant rien car il y a dans les plages qui suivent quelque chose de plus subtil. Dans le discours de Bertrand Lauer, quelque chose qui relève de la maîtrise des idiomes du jazz, ce sens impressionnant du placement. Il est vrai qu’il est aidé en cela par une rythmique qui sonne « jazz ». Et dans cette rythmique, celui que notre confrère Lionel Eskenazi ne manquait pas d’encenser récemment, Mauro Gargano que l’on commence à désormais entendre un peu partout tant son assurance et sa solidité en font un  partenaire recherché. Ceux qui avaient tendu l’oreille à ses prestations dans le dernier album de Christophe Marguet (j’avais alors fait écho de ses talents dans les DNJ) ne manqueront pas d’être séduits par le son de ce merveilleux contrebassiste qui n’est pas sans évoquer quelques félines rondeurs à la Charlie Haden (Part III). 

Tout au long de l’album, avec un sens de l’esbroufe réel qu’il semble totalement assumer mais jamais ostentatoire, Bertrand Lauer montre l’étendue de son art et de son inspiration. Écoutez l’intensité de son phrasé dans un thème comme Time is on my life où l’inspiration coltranienne se mêle de quelques discrètes sonorité indiennes. Mais c’est à Liebman et Jeanneau qu’il nous renvoie le plus dans cette maîtrise des lignes mélodiques absolument transcendées et de l’incandescence rythmique totalement dominée. Lorsque le jeu semble dompter la technique pour porter la musique plus haut.

Dans un morceau plus calme et plus apaisé comme First Step, cet élève de la Berkelee school donne aussi un autre visage de son art : Avec un son d’une pureté cristalline, aux atours sensuels, la lame fine et ciselée de ce « regard » transperce les âmes en douceur. Jean-Marc Gelin

 

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