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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 07:18

Blujazz 2009



 

 Dee Alexander ! Un nom qui forcément ne vous dit grand chose. Jusqu’ici totalement inconnue dans le paysage du jazz vocal, voilà bien une chanteuse qui risque de s’imposer rapidement et de faire parler d’elle. On entend généralement dans les premiers albums des chanteuses une sorte d’auto- mise en scène, une théâtralisation parfois, une compensation par l’ « effet », souvent. Chez Dee Alexander quelque chose de radicalement différent. Où l’on entend combien le chant est une sorte de seconde voix.  Une aisance à chanter tout ce qui se présente, une façon incroyablement naturelle de mettre les notes sur les mots avec autant d’aisance que de facilité. Découverte par Henry Huff, l’un des membres historiques de l’AACM, Dee Alexander,elle même membre du groupe de Chicago, n’a pourtant pas cette voix « noire » si typée des chanteuses d’église. Mais indéniablement, Dee Alexander possède cependant ce quelque chose des chanteuses de soul qui la place directement entre Dinah Washington (Surrender your love) ou Nina Simone dont elle reprend avec audace le célèbre Four Women. Deux chanteuses auxquelles elle ne manque pas de faire référence dans ses remerciements. Mais l’on s’arrêtera là dans le petit jeu des références tant on a le sentiment avec Dee Alexander de ne pas avoir entendue de voix réellement proche avant elle. Le jeu des influences reviendrait à cacher la réelle personnalité vocale d’une voix jamais formatée, jamais dans l’imitation et toujours dans le chant libéré, le chant habité. La chanteuse de Chicago investit la musique corps et âme, s’autorise les digressions, sauvage avec ce qu’il faut de retenue, chantant en studio comme peu parviendrait à chanter en club, avec la même fraîcheur et la même spontanéité. Un titre comme Bitter Earth ou comme le titre éponyme, Wild is the Wind (moi, je pense alors à Nina Simone chantant du Brel) sont poignants. Mais Dee Alexander peut passer d’un univers à l’autre avec une musicalité exceptionnelle, une facilité déconcertante qui lui permet par exemple d’enchaîner le très beau Wild is the Wind avec un reggae (Rossignol, écrit par la chanteuse) dont on pourrait craindre le pire mais qu’elle parvient à porter avec talent. La chanteuse peut autant rester dans le thème qu’improviser sans scat, flirter avec la soul, avec le swing voire avec le free sans aucun artifice.

Dans sa version de Feeling good elle montre combien elle sait aussi prend le temps, laisser l’espace s’insinuer et donner de la profondeur aux mots. Quand à sa version de Four Women, si risquée lorsque l’on est la fille de Nina Simone, elle parvient tout en restant dans l’hommage, à la faire sienne dans une sorte de continuation filiale. Et c’est en soi autant un témoignage d’amour qu’une magnifique transmission. Dee Alexander possède cette magie des chanteuses sans apparats, la magie de celles qui tout en se mettant à nue chantent librement, sans aucune entrave. Avec l’aisance naturelle du talent qui libère de toute contrainte et de toutes difficultés. Jean-Marc Gelin

 

 

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