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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 06:27





Guy Darol

Le Castor Astral  (rééed)

 

Le Castor astral ressort dans une nouvelle édition revue et augmentée le livre de Guy Darol sur Frank Zappa, l’homme Wazoo. L’auteur raconte la rencontre fondatrice avec une musique qui devait dès lors s’inscrire à jamais dans sa vie.

Cet ouvrage clair, documenté, montre ainsi comment certains artistes marquent non seulement leur époque et leur génération mais indiquent de façon déterminante pour les suivantes, le chemin à suivre. Zappa fut-il un passeur au sens classique du terme ? Né en 1940, il appartient à cette superbe génération (musicalement parlant) qui a traversé « tous les espaces musicaux », vécu de l’intérieur cette histoire vivante de la musique, la période exaltante des années soixante et soixante dix, de la lutte pour les droits civiques. Il est intéressant de constater que, plus de quinze ans après sa disparition, bien trop précoce, il est repris, cité, « emprunté », prolongé par des musiciens plus ou moins jeunes d’ailleurs, qui vénèrent sa musique, son œuvre, ses enseignements.

Le livre de Guy Darol se présente comme un chant alterné entre roman et histoire. Les amateurs n’ont pas besoin de ces recommandations pour lire ses écrits toujours précis sur Zappa, mais pour ceux qui veulent en savoir plus, la dernière partie décline et commente la biographie en quelques pages essentielles, suivies de belles discographie, filmographie, bibliographie, de références sur internet en particulier, évoquant aussi l’association de Dominique Jeunot et Didier Mervelet « Les fils de l’invention ».

 

S’il nous est permis de donner ici un point de vue très personnel, l’émotion naît surtout à la lecture de la naissance d’une passion dévorante et déterminante. C’est par un ami Michel Duprey disparu aujourd’hui, ce qui redouble la nostalgie et l’hommage, que le jeune lycéen fut initié, par un rituel des plus sérieux à l’univers zappaïen. A partir de ces heures d’écoute dès 1972, l’auteur change même sa façon d’écouter la musique, abandonne ses préférences d’alors pour se consacrer avec une énergie très exclusive à la parole et à l’univers zappaïens. Frank Zappa peut apparaître comme un maître, un gourou même. Et pourtant, il a toujours souffert de l’image déjantée (genre Saturday Night live) contre-culture et grotesque de « freak » qui lui était accolée, alors qu’il se savait aussi compositeur, inconditionnel de Varèse, admirateur absolu des contemporains, goûtant à plaisir les combinaisons de la pensée sérielle et de la musique concrète.

 Guy Darol arrive à nous faire comprendre toute la portée de ses observations, son engagement social et politique dont on suit sa trajectoire, depuis ses colères récurrentes et procès à répétitions contre les puritains de toutes sortes, jusqu’à ses dernières interventions auprès de l’écrivain Vaclav Havel devenu président en Tchécoslovaquie, fan du guitariste (il avoue d’ailleurs que son album préféré est « Bongo Fury »). Zappa a sans doute souffert de cette incompréhension auprès du grand public et de cette image trop réductrice qu’il avait pourtant contribuée à donner. Car, même si Darol n’ose jamais égratigner son idole, ce sont aussi ses contradictions qui rendent le personnage terriblement humain, dans l’emphase même de ses dérapages et excès. Pas forcément plus sympathique (il y avait du tyrannique et du mégalomane en ZAPPA) mais attachant. Quelqu’un qui se déclarait suiveur et fervent de Penderecki….et qui intégrait aussi dans sa musique des effluves et « ritournelles satinées » du doo wap qu’il adorait. C’est cela sans doute qui continue à insupporter ceux qui n’ont jamais adhéré à l’univers zappaïen, qu aiment tout classer dans des « petites boîtes »… très étroites… cette ambiguité permanente, ce mélange absolu des genres, cette réconciliation rapide et déconstruite d’univers sonores et mentaux totalement indépendants, d’où ces collages si particuliers et inimitables, virevoltant en permanence, y compris dans des passages dignes du guitar hero qu’il était, même s’il en refusait le titre, ou la posture .

Guy Darol est devenu depuis un écrivain et d’une plume fervente, nous fait partager ce « labour of love », souvenirs intimes, réflexions politiques et poétiques. Comment s’est construite la musique, en prenant tout son sens. Et à l’issue de cette lecture, nous affirmons bien volontiers avec lui qu’il n’y a « pas de coda pour Zappa».

Sophie Chambon

www.guydarol.com

www.castorastral.com

 

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