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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 07:07

Les discussions en cours au sujet de la loi Hadopi, si intéressant soit-elles nous semblent néanmoins avoir évité le débat de fond sur le mode de consommation culturelle auquel nous sommes actuellement confrontés. Débat qui n’a finalement pas eu lieu. Car si la question fondamentale est bien évidemment celle de la juste rémunération des artistes sans quoi il n’y a plus de création possible, on ne saurait pourtant passer au travers d’une réflexion sur nos habitudes en matière d’achat de produits culturels. La question est en effet moins celle du mode de téléchargement (légal ou non) que celle du téléchargement lui-même.

Nous sommes en effet confrontés avec le téléchargement à une pratique culturelle d’un mode nouveau, consumériste, immédiat, spontané et quasiment impulsif. Et cela est particulièrement vrai en musique où (à la différence des films) il est permis de télécharger un morceau d’un album par-ci et un autre morceau par là. Imaginez Kind of Blue où chaque titre serait téléchargeable indépendamment des autres. Plus question de parler d’œuvre, plus question de construire, l’objectif est plutôt de livrer de la musique à flot continu et par là même de consommer sans modération en zappant d’un morceau à l’autre. Je m’épate d’ailleurs de ce qu’avec mon nouveau mobile je peux « tager » n’importe quel morceau entendu dans un lieu public et le télécharger instantanément !!

On ne peut alors s’empêcher de s’interroger sur ces nouvelles pratiques si l’on regarde les statistiques parues sur la diffusion des médias (presse et radio) pour l’année 2008. En effet lorsque l’on voit que le premier mensuel dédié à la musique en France réalise une diffusion totale de 42.429  exemplaires loin derrière un magazine comme Investir Magazine qui en réalise plus du double ou que Point de vue (eh oui ça existe encore) qui fait 259.000 !!! Idem pour la radio puisque si, l’on peut se réjouir de voir les parts d’audience de France Musique remonter de 0,2 point entre le 1er trimestre 2008 et le 1er trimestre 2009, il n’empêche que ces parts sont loin derrière des radios comme RTL2 (3,0), NRJ (5,8) ou Skyrock (4,3). D’ailleurs toutes radios confondues, les parts d’audience des chaînes musicales perdent 2 points au profit des radios généralistes (essentiellement France Inter).

 

Il y a là de quoi nous poser des questions assurément sur la façon dont nous allons écouter de la musique demain. Allons nous consommer sans recul et sans information, sans « savoir » et sans réel goût de la musique. Pas sûr si l’on en croit la fréquentation des écoles de musiques partout en France, si l’on en juge aussi par le besoin de jouer de chanter ou de danser tel qu’il s’exprime à l’occasion d’événements comme la fête de la musique, et surtout si l’on en juge par la (sur)production discographique qui contre vents et marées ne cesse de progresser.

Le goût de la musique reste, mais les pratiques d’écoute changent pour le meilleur ou pour le pire. Et pour l’heure si nous ne savons pas prévoir la forme de cet avenir proche, n’évitons pas à tout le moins ce vrai débat de fond.

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