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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 06:53

Julien Lourau (ss, ts), Bojan Z (p, elp), Karim Ziad (dm, perc). Mai 2008.

 

Le pianiste Bojan Z et le saxophoniste Julien Lourau jouent régulièrement ensemble depuis près de vingt ans sur des projets de l’un ou de l’autre. Une complicité musicale et une solide amitié qui date des débuts de Trash Corporation (groupe phare de la scène française du début des années 1990, composé de jeunes musiciens en colère fortement influencés par le groupe Naked City de John Zorn, qui proposaient un métissage musical passionnant entre le jazz, le free, le folklore, le funk et le hardcore). C’est sur l’album Koreni (1999) de Bojan Z que nos deux compères s’associent pour la première fois avec le batteur et percussionniste Karim Ziad, dans un groupe à géométrie variable allant du duo à l’octette suivant les titres (on se rappelle notamment du superbe Joker, que Bojan Z reprendra régulièrement et que Karim Ziad intègrera dans son album Ifrikya). Puis ces trois fortes personnalités musicales vont former un trio, qui a longtemps fonctionné sans nom avant de s’appeler Bozilo, et qui donnera assez régulièrement des concerts suivant la disponibilité de chacun. Une formation qui mêle des mélodies et des rythmes folkloriques (issues des Balkans ou du Maghreb) dans un esprit jazz où l’improvisation et l’expression instrumentale dominent. Un trio où l’absence de bassiste est palliée par l’efficace main gauche de Bojan Z, la riche et dynamique polyrythmie de Karim Ziad et le jeu percussif de Julien Lourau lorsqu’il tape habilement sur les clés de son saxo près du micro, sans souffler dedans. Un groupe réservé exclusivement à la scène, car aucun projet d’enregistrement en studio n’a été à l’ordre du jour. Ce n’est donc pas un hasard si leur premier album est justement un disque live, où l’on distingue une excellente prise de son, qui place l’auditeur au cœur d’une musique directe et sauvage, sans effet, ni fioriture. Une musique « brut de décoffrage », jouée sans filet et qui se laisse apprivoiser facilement grâce à sa délirante énergie, son inventivité mélodique et ses folles audaces harmoniques. Des musiciens qui nous proposent un pertinent métissage musical en utilisant une large palette de couleurs criardes et enivrantes, au point que l’on a parfois du mal à reconnaître certains titres comme Utaz (qui ouvrait l’album Xenophonia de Bojan Z). Par contre on reconnait très bien Ederlezi, belle mélodie traditionnelle que Goran Bregovic avait arrangée pour Le Temps des Gitans de Kusturica, ainsi que les formidables longues versions d’Ifrikya de Karim Ziad et de Un Demi-Porc et Deux Caisses de Bière de Julien Lourau. Un album totalement réussi, qui vous permettra de vivre une expérience scénique intense, tout en restant confortablement installé dans votre salon.  Lionel Eskenazi

 

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