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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 06:53
 
 

C’était à Nevers en novembre de l’année dernière. Obama était élu depuis à peine une semaine et John Scofield venait roder sur scène son futur répertoire, celui de son prochain album ( sorti en avril en France). Piety Street enregistré en Louisiane est une sorte d’intermède dans la carrière du guitariste (cf. la critique  des DNJ), autour d’un répertoire inattendu pour  lui : celui du gospel revisité à la sauce blues. Entre deux balances, John Scofield nous accordait alors une brève interview.

 

 

Quelle est la principale idée de votre nouveau projet ?

 

JS : Nous avons fait un nouvel album pour le label Emarcy. Le nom de cet album c’est « Piety Street ». Au départ je voulais faire un album de blues et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que cela avait déjà été beaucoup fait (rires) ! Et en fait il se trouve que j’ai toujours été fan de gospel. C’est pour cela que j’ai décidé de faire un album autour de ce thème, en Louisiane, avec des musiciens de là-bas. J’y suis allé en janvier 2008 et j’ai joué avec beaucoup de musiciens locaux.  Il se trouve que je depuis longtemps j’adore ce que fait le chanteur et pianiste John Cleary. Je savais aussi que George Porter Jr était libre. J’avais déjà joué plusieurs fois avec lui. Donc cela pouvait être une bonne ossature mais il nous fallait un batteur qui assure. C’est drôle mais je n’arrivai pas à trouver le bon batteur. Certains étaient trop occupés. J’ai pensé à Ricky Fataar. Il est de Los Angeles. Et puis sur l’album, nous avons aussi Shannon Powell qui joue du tambourin. Nous nous sommes tous retrouvés en studio et nous avons enregistré en mars.

 

Pourquoi avoir choisit le gospel

 

JS : Vous savez il  y a tant de musiques que nous ne connaissons pas vraiment. Des musiques comme le gospel que finalement nous n’avons jamais réellement exploré en tant que jazzmen. Pourtant le gospel est le frère jumeau de la soul. Mais les chanteurs de gospel ne sont pas aussi célèbres. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de chanteurs fantastiques de Gospel qui restent dans cette musique et qui ne vont pas vers le R&B. Pourtant peut être que les plus grands talents sont bel et bien là. Ecoutez un gars comme Cleary par exemple et vous vous rendrez compte que c’est quelqu’un qui a une voix incroyable.

 

Pour faire ce disque vous avez dû beaucoup écouter

 

JS : Oh oui,beaucoup mais après toutes ces heures à écouter des chanteurs et des chanteuses de Gospel j’en reviens toujours à Mahalia Jackson notamment.C’est ma chanteuse préférée.

 

Est ce qu’il s’agit pour vous d’un retour aux racines de votre musique, le blues ?

 

JS : Oui c’est réellement cela. Pourtant ce sont des racines que j’ignorais un peu. J’écoutais Mahalia Jackson quand j’étais gamin et j’aimais cette musique et j’écoutais ensuite la soul à la radio. Mais cela fait juste quelques années que je commence à réécouter tous ces vieux disques. La forme de cette musique est réellement intéressante. C’est bien sûr différent des 12 mesures du blues et il y a réellement une forme propre au gospel. Pour un musicien de jazz, c’est vraiment intéressant. Un morceau comme When the saint go marching in offre une progression d’accords intéressante. De la même manière il y a aussi une forme passionnante c’est le gospel-blues qui est un peu différent mais qui a beaucoup de point communs. C’est simple comme forme mais terriblement différents du blues à 12 mesures.

 

Vous dites que ce disque est une sorte de retour au blues mais pourtant le blues n’a jamais été réellement absent de votre musique

 

JS : Vous avez raison, le blues n’a jamais réellement quitté ma musique mais là je joue un répertoire qui est différent mais qui m’y ramène d’une certaine façon.

 

 

Revenons sur vos musiciens. Vous semblez réellement complice avec John Cleary. Vous n’aviez jamais joué auparavant avec lui.

 

JS : Non jamais et pourtant nous nous connaissons depuis longtemps. Mais surtout je suis un grand fan de John. Il vient d’Angleterre où il a commencé en jouant de la guitare. Quand à George porter nous avions fait à La Nouvelle Orléans  des concerts, vous savez ce genre de show où l’on met ensemble des musiciens qui ne se connaissent pas et la sauce a tout de suite prit entre nous.

 

On a l’impression que cette musique est une sorte de récréation pour vous. Vous y mettez énormément de joie de jouer

 

JS : Absolument. C’est comme une sorte de célébration. Vous savez le jazz c‘est aussi une grande messe mais je crois que fondamentalement il y a aussi dans les deux cas une forme de spiritualité qui s’exprime différemment.

 

Vous pensez qu’il est important de faire vivre le Gospel en dehors de l’église

 

JS : Le Gospel est une grande musique. Il est important d’y revenir et de redécouvrir ceux qui ont fait cette musique. C’est une musique à part entière indépendamment de l’église. J’espère que les gens vont redécouvrir de grands thèmes du gospel en écoutant l’album et peut être revenir au gospel et aux chanteurs qui l’on inventé.

 

 

Le chant est important dans ce disque, ce qui est plutôt  inhabituel chez vous.

 

JS : Vous savez j’ai l’habitude de jouer avec des instrumentistes, des saxophonistes notamment ou des pianistes. Pourquoi pas un chanteur ? Un grand chanteur comme John  Cleary m’inspire beaucoup.

 

Vous avez choisi de présenter ce projet en Europe avant les Etats-Unis, pourquoi ?

 

JS : Nevers est le premier gig que nous avons avec ce groupe. Lorsque l’on m’a invité à venir en France je ne savais pas trop dans quelle formation. Mais comme j’avais ce projet et que tout le monde était libre, je me suis dit, pourquoi ne pas les emmener tous avec moi . Cela dit je pense réellement que l’Europe est le meilleur endroit pour jouer de la musique.

 

 

Nous sommes en novembre, et, depuis une semaine, quelque chose d’important s’est passé aux Etats-Unis….

 

JS : Ce n’est pas important que pour moi ou pour les Etats-unis, c’est important pour le monde. Je suis tellement heureux. Mais pas seulement parce que nous avons viré George Bush mais surtout je suis fier que nous, les Etats-Unis soyons les premiers à avoir élu un président noir. C’est le pays où j’ai grandi et je peux vous dire que j’ai pleuré, on a tous pleuré ce soir-là. On ne se sent plus honteux de tout et notamment d’avoir eu à traîner avec nous le raciste d’avant.

 

Si on revient au gospel, c’est une musique classée habituellement comme musique noire réservée aux noirs et John Cleary et vous êtes blancs, les choses changent donc réellement ?

 

JS :  John et moi on a grandi avec l’amour de cette musique et c’est ce que nous voulions jouer. Tout simplement.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc gelin lors du Festival de Nevers de novembre 2008

 

 

 

 

JJ john SCOFIELD : « PIETY STREET »

Emarcy 2009

 

Passons sur la pochette de l’album désastreuse de mauvais goût assumé, représentant l’effigie des musiciens sur des cierges d’église ! bof bof et passons aussi sur le côté lourdingue d’un album qui emmène le gospel sur le terrain d’un blues plutôt mal léché. Qui donne au sacré une bonne dose de vulgos ! Il y a certainement là une concession de Scofield à des impératifs commerciaux, genre album que l’on retrouvera facilement sur les grandes ondes des radios américaines dans le Texas profond. Un truc à écouter dans un routier avec les santiags aux pieds et la budweiser à la main. Car si le gospel de Scofield est bien teinté de country et de R&B, c’est bien un gospel très blanc qu’il donne à entendre qui a autant à voir avec les chants d’église que la 9ème symphonie avec le bal du samedi soir à Villedieu les Pöelles. Mais bon, en sortant ces thèmes de l’église, en les désacralisant en quelque sorte, Scofield leur donne une autre vie, une nouvelle vie, différente. De quoi se faire retourner Mahalia Jackson dedans sa tombe ! Mais il ne faudrait pas pour autant bouder notre plaisir. D’abord parce que Scofield a choisi ici de s’amuser comme un gamin qui ferait les balloches du samedi avec quelques bons copains. Plongée dans l’Amérique profonde, dans l’Amérique western dans laquelle, avec d’autres noms de la guitare jazz (on pense à Frisell) il aime parfois à se ressourcer.  Et il ne faut pas non plus bouder un disque de Scofield quel qu’il soit. Car même avec des thèmes sacrés rendus au plus profane des profanes, Scofield reste toujours Scofield. Ce guitariste d’une incroyable musicalité capable d’aller toujours chercher des notes improbables. Dans un groupe comme celui là il y a les autres (qui font ce qu’ils peuvent ) et il y a Scofield. Et puis autant se l’avouer tout net, lorsque nous les avons vus en concert s’amuser comme des petits fous, on a franchement pris un gros panard. Ça jouait grave, ça envoyait la purée sans aucune retenue, c’était fait pour chanter, pour taper dans les mains et pour danser. C’était un peu comme d’aller au cinoche avec un gigantesque pot de pop corn et un coca de deux litres. On avait un  peu honte mais faut bien dire ce qui est… parfois la honte, c’est trop bon ! Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

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