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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 06:40

Act 2009

 

Après cinq années de silence, la chanteuse coréenne Youn Sun Nah, que l’on connait bien en France, revient avec un disque mature et soigné sur le label ACT, qui devrait la propulser vers une carrière internationale à succès. Ce « Voyage » porte admirablement bien son nom, car le répertoire nous emmène de sa Corée natale à la France, en passant par le Brésil (Frevo), les Caraïbes (Calypso Blues), les Etats-Unis (Jockey Full of Bourbon et Shenandoah) et la Suède (The Linden). Le tout est chanté en anglais à l’exception de la sublime India Song (chanson française signée Marguerite Duras et Carlos D’Alessio). Une musique très épurée et assez minimaliste car ce projet est né d’une rencontre avec le guitariste suédois Ulf Wakenius, qui a abouti à une série de concerts en duo, avec un répertoire de chansons que You Sun Nah n’avait pas encore exploré (incluant des reprises et des nouvelles compositions originales, à part égales). L’idée d’un disque est venue assez vite et Ulf Wakenius a contacté son ami contrebassiste, compatriote, et confrère sur le label ACt : Lars Danielson. Celui-ci a accepté la direction artistique de l’album en conservant le caractère intime de cette musique, intervenant discrètement à la contrebasse et invitant sur quelques titres le génial percussionniste-coloriste Xavier Desandre-Navarre et la nouvelle star montante de la trompette « atmosphérique », le norvégien de chez ECM : Mathias Eck. Une musique qui nous fait littéralement « voyager » intérieurement et ressentir un profond sentiment de liberté, d’évasion et de planante flottaison. Nous sommes transportés sur un confortable nuage cotonneux, le ciel est bleu, l’horizon dégagé, prêts pour un voyage sensuel où les frontières sont abolies. Nos sens sont à l’affût et l’émotion maximale, troublés par une voix à la pureté cristalline, suave et angélique, portée par un sens inné de la mélodie, des nuances et de l’articulation. N’oublions pas de mentionner aussi ses subtiles inflexions vocales et sa parfaite maîtrise rythmique. Le disque curieusement ne démarre pas par les deux titres les plus marquants,  mais dès le troisième (Calypso Blues), nous sommes séduits par la folle sensualité (érotique ?)  de cette voix aux inflexions d’une grande suavité, proche d’une féline qui veut nous charmer et portée par une ligne de basse ondulante et solide, qui nous fait penser au concept de Musica Nuda (la version originale de cette chanson de Nat King Cole consistait en un subtil duo entre sa voix et des congas). Le pari de reprendre une chanson de Tom Waits semblait risqué, tant leurs univers (et leurs voix) sont différents, nous constatons pourtant que sa version de Jockey Full of Bourbon est magnifique et fidèle à l’esprit de l’original (avec Ulf Wakenius, impressionnant à la guitare dans le rôle de Marc Ribot). Avec Frevo d’Egberto Gismonti, You Sun Nah ne chante plus de paroles, mais vocalise comme une grande musicienne accomplie et s’avère totalement convaincante dans ce climat coloré où le brésil se mêle au flamenco avec une guitare toujours aussi effervescente. N’oublions pas de mentionner les propres compositions de notre chanteuse asiatique préférée : les très belles mélodies de Voyage et de My Bye, où l’on plane avec la trompette de Mathias Eck et le swing plein de charme coquin de Please, Don’t Be Sad. Sur cinq des douze titres, tous les musiciens sont présents et forment un subtil et impressionnant quintette. Ce groupe au complet n’accompagnera pas You Sun Nah sur scène car la tournée de promotion de l’album est centré sur le duo avec Ulf Wakenius, tel qu’on a pu le voir les 12 et 13 mai dernier au Sunside à Paris. Un concert magique où l’interprétation des titres de l’album était encore plus prenante par la présence et le charisme incroyable de la dame. Elle se « lâche » beaucoup plus facilement sur scène, permettant à son imagination et à son sens de l’improvisation de nous séduire davantage, n’hésitant pas par moment à chanter « a capella ». On aime beaucoup l’album, mais il faut reconnaître, que comme beaucoup de production Act, il n’échappe pas à un certain formatage, parfois un peu trop lisse. On rêve maintenant d’un DVD qui puisse perpétuer l’émotion scénique et inoubliable qu’elle nous a procurée, en la fixant à jamais. D’autant plus qu’elle se permet en concert de chanter avec beaucoup d’originalité des célèbres bossas-novas de Jobim ou le Ne Me Quitte Pas de Brel.

Lionel Eskenazi

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