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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 06:00

Quark 2009
Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g), Edward Perraud (dm)


ll fallait un trio bien engagé, dans tous les sens du terme, pour se livrer ainsi et sans filets dans l’exploration de la musique du compositeur allemand Hanns Eisler (1898-1962). Compositeur iconoclaste s’il en est, exilé du nazisme, réfugié aux Etats-Unis puis rebelle du Maccartisme qui l‘a fait s’enfuir à nouveau pour trouver refuge de l’autre côté du mur de Berlin où, à part des travaux avec Schönberg et Kurt Weil il composa un  grand nombre d’airs populaires pour la RDA. Et c’est en partant de cette musique parfois un peu kitsch  mariant la musique populaire et les marches révolutionnaires que le trio s’engage avec force en invoquant parfois l’esprit d’Albert Ayler. Ce qui est somme toute plutôt un comble puisque l’esprit y est ici plus révolutionnaire que religieux. Mais comment après tout ne pas songer à Holly Ghost lorsque l’on entend par exemple cette marche funèbre  (Die Moorsoldaten) que le son de Daniel Erdmann propulse loin avec force déchirement. Car le saxophoniste au cœur des (d)ébats porte ce projet à bout de bras avec un son époustouflant, contribuant à donner à la moindre des bluettes une intensité dramatique. Une petite bossa aux couleurs de sable fin comme celle qui ouvre l’album (An den Deutschen Mond) prend ainsi immédiatement un autre relief. Se teinte d’une légère pointe de sarcasme, du genre de celui avec lequel parfois on s’adresse aux nantis et aux petits bourgeois satisfaits. Car il y a toujours un second degré dans ces interprétations qui ne manquent pas de théâtralité. Un peu dans l’esprit Brechtien en fait. Hasse Poulssen à la guitare semble parfois arrondir les angles et parfois au contraire contribue à les distordre, à effacer les lignes claires pour dérouter l’auditoire. Comme si les routes qu’il traçait ne pouvaient jamais êtres complètement linéaires. Mais au-delà du pied de nez qui pourrait, sans vigilance se transformer en farce, fait montre d’un grand respect pour l’art populaire et d’un grand mépris pour l’art « bourgeois ». Le jazz n’est que prétexte au discours.  Car il y a du concept dans cet album-là. Et peut être une distanciation un brin nostalgique. Le trio a trouvé en tout cas ici une belle matière à l’exposé d’un discours âpre et différent. Une vraie découverte d’un compositeur et de ses interprètes aussi respectueux qu’audacieux.
Jean-Marc Gelin
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