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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 23:13

Hat Hut
Lee Konitz (as), Martial Solal (p)



En novembre 1983 à l’occasion du festival de jazz de Hambourg, quelques micros traînaient à la « Fabrik », ce lieu mythique du jazz en Allemagne. On y doit d’ailleurs quelques enregistrements célèbres dont un certain Live de Magma enregistré en 1973 
(pour ceux qui ont la mémoire longue). Pourtant,  ce soir là,  la rencontre qui se produisit sur les planches de cette scène décalée semblait bien plus « classique », au sens qu’il faut y mettre s’agissant d’une rencontre placée sous les auspices de la révérence au jazz « fondateur ». Car ce soir là, Lee Konitz et Martial Solal, au sommet de leur forme et peut-être galvanisés par le lieu, portaient bien haut cette science du jazz et de l’improvisation qu’ils doivent à Lennie Tristano et Charlie Parker pour l’un et à Art Tatum et Bud Powell pour l’autre. Et de fait, il est de ces concerts où la rencontre de deux géants du jazz, parvient à s’opérer en parfaite symbiose dans un moment qu’à défaut de nommer autrement on appellera, «  de grâce ».  Lee Konitz semblait avoir des ailes parcourant des standards entendus comme jamais à coup de citations et d’envolées à très haute teneur en musicalité inventives. Un jeu tout en souplesse qui s’écoute comme l’on écoute religieusement les fugues de Bach (April). Pour lui donner la réplique, Martial, toujours égal à lui-même, Martial moins que jamais prêt à aucune concession mais Martial dépositaire d’un savoir sacré qu’il est allé chercher jadis chez tous les grands maîtres. Martial et sa science du contrepied. Jamais prêt à servir la soupe mais toujours prêt à rebondir sur les idées de l’autre pour développer son propre jeu. Et il faut être très fort et savoir qui
l’on est vraiment pour parvenir à imposer sa marque tout en restant dans le prolongement. Comme une émulation magnifique, deux solos exceptionnels viennent ponctuer ce concert sublime. Un solo de Konitz sur April totalement renversant,
savant autant que joueur dans sa construction mais d’une fluidité à couper le souffle. Et juste avant ce superbe solo un époustouflant Solal sur Fluctuat : tous les fondements, tout le jazz est là présent dans le subconscient d’une mémoire
indispensable. Konitz et Solal ce soir là représentaient l’essence même du jazz. Ce qui reste quand on a tout oublié. 
Jean-Marc Gelin 
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