Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 07:23




Hier, pour sa 32ème édition, le célèbre festival gersois qui finissait sa première semaine, ne faillissait pas à sa réputation d'être assurément l'un des plus hauts lieux du Jazz en Europe. Les veinards qui étaient là depuis le début s’étaient déjà régalés avec Sonny Rollins, Charles Lloyd, Jan Garbarek ou encore Jacky Terrasson et Ahmad Jamal tous deux (co)-auteurs d’une soirée paraît-il mémorable.

 

Pour ouvrir cette soirée (en trois concerts) du vendredi, c’est Daniel Humair qui lançait son Baby Boom sur les rails avec ces « jeunes » musiciens que l’on connaît bien sur le circuit et qui affichaient à Marciac une envie de jouer sans contrainte et de s'éclater avec un talent fou ! Comme le disait le batteur dans une interview publiée le lendemain dans la presse locale, foin des saxophonistes américains super starisés et « sous-Coltrane en chef », place à nos héros ! Car ceux de la dimension de Christophe Monniot et de Mathieu Donarier ne sont pas légion, on vous l’assure, tant de ce côté ci que de ce côté-là de l’Atlantique. Et il faudrait chercher bien loin pour trouver un tel collectif avec autant de talent au bout des doigts. On ne saurait donc que féliciter les organisateurs pour l’intuition d’avoir programmé ce formidable Baby boom si peu montré cette année. Pour l’occasion Daniel Humair avait choisi de modifier légèrement le format du disque en associant un invité surprise, l'accordéoniste Vincent Peirani (entendu par ailleurs dans le Pandémonium de François Jeanneau) et qui apportait à cette formation décapante (l’une des pus intéressante de l’hexagone cette année) une autre couleur, à la fois contrastée et fusionnelle. Un vent frais, émoustillant et totalement irrésistible passait alors sur Marciac. La salle leur réservait une standing ovation et l’on restait avec une formidable frustration tant on aurait voulu les garder bien plus longtemps. Assurément l’un des moments forts de cette 32ème édition.

      

 

Le Brass band de Dave Douglas ( Brass Ecstasy) qui prenait la suite pour le 2ème concert de la soirée avait donc fort à faire pour maintenir la salle à la haute température à laquelle elle se trouvait. Dans le cadre d'une formation de mini brass band que le trompettiste a réuni en hommage à celui de Lester Bowie, Dave Douglas alignait sur scène Luis Bonilla au trombone (survitaminé), Vincent Chancey au cor ( tout en nuances post bopiennes), Marcus Rojas au tuba (dans le rôle de la grosse basse inépuisable) et enfin un Nasheet Waits en état de grâce. Dave Douglas était là dans le rôle qu’on lui (re)connaît, habitué de l’exercice des hommages multiples et variés qu’il rend régulièrement aux trompettiste qui ont marqué l’histoire du jazz. Il ya deux ans Dave Douglas rendait hommage à Don Cherry sous le même chapiteau gersois. Cette année d’autres étaient conviés à la mémoire du New Yorkais. Un morceau dédié au formidable trompettiste bop, Fats Navarro se révélait peu convaincant, alors que la composition pour Enrico Rava (une magnifique construction tout en suspens) se révélait bien plus séduisante. C’est finalement à un autre trompettiste que Douglas dédiait cette soirée, son Brass Ectasy rendant ainsi hommage au Brass Fantasy de Lester Bowie. Trompettiste d'exception, Dave Douglas était alors plus à l’aise dans ses envolées lyriques que dans le lead de ses propres troupes qui manquaient alors un peu d’homogénéité et de sens du collectif. Pour finir, Dave Douglas, plutôt sympa avec le public auquel il s’adresse souvent en français, concluait son concert avec un morceau dédié cette fois à George Bush et Dick Chesney qu’il imaginait quittant la maison blanche en hélicoptère dans un moment sublimé que le trompettiste semblait savourer avec autant de délectation que d’humour (Twilight dog)




Forcément avec David Krakauer, nouvelle idole des jeunes, la salle prenait une toute autre allure pour le dernier concert tardif de la soirée. Lui aussi s’exprimait en français ( qu’il manie fort bien au demeurant) et donnait une toute autre version d'un jazz New Yorkais avec son "Klezmer Madness". On pourrait jurer qu'il prenait là, dans le cœur des moins de 20 ans la place d’un John Zorn absent cette année du festival. Comme à son habitude, le clarinettiste qui d'une autre manière perpétue lui aussi une grande tradition jazz Klezmer (celle de Naftule Brandwein), se jetait dans la bataille à 3000 à l'heure dans une débauche d'esbroufe, sorte de charge héroïque qui faisait alors un peu " pétard mouillé" et où l'on se sentait un peu entre la salle d'un mariage juif, un concert dans l'antre Zornienne de Brooklyn et/ou un festival de jazz dans le Gers (par exemple). Une bassiste,  Nicki Parrott, pas dénuée de talent tentait de faire monter une sauce qui n'impressionnait pas vraiment, jusqu'à ce que Krakauer mette dans la balance des arrangements non moins ravageurs mais bien plus intéressants. Ceux notamment qu’il réalise par ailleurs avec So-Called, montrent une facette moins stéréotypée et bien plus riche parce que totalement dépoussiérée de tous les clichés du genre. Avec une force à 100.000 volts, David Krakauer mettait le feu à Marciac en procédant à un mélange bien plus subtil de musique traditionnelle et de funk. Le jeune public de Marciac, déjà tout acquis à sa cause pouvait ainsi se lâcher complètement et danser débout dans les allées du chapiteau. Il a bien compris que ce jazz là est bigrement festif !



Jean-Marc Gelin


 

Partager cet article
Repost0

commentaires