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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:04

Hank Jones a décidé d'aller retrouver ses frères. Hank, Thad et Elvin. A 92 ans le pianiste a tiré sa révérence et retrouvé au paradis des musiciens de jazz sa fratrie merveilleuse.

Hank Jones aura joué jusqu'au bout. Il y a un an encore à la Villette il nous aura ébloui avec cette façn si simple de jouer, court, ces standards que l'on aurait presque cru inventés pour lui.

Hank Jones nous en laisse gros sur le coeur.

Je me souviens de ce jour d'été au festival Jazz Baltica près de hamburg. Il jouait avec Joe Lovano. En coulisse j'etais avec Eric Legnini et batiste Trotignon. Nous en avions des larmes aux yeux tant il s'agissait de pure beauté. De cette façon de jouer old style comme plus personne n'ose le faire aujourd'hui.

Hank Jones emporte avec lui, au paradis du jazz, cette hsitoire qu'il a crée et qui, presque centenaire lui donnait encore cette incrable fraîcheur de jeu.

Après ce fameux concert j'etais allé le voir dans sa chambre d'hôtel où il avait bien voulu me consacrer gééreusement du temps.

C'est cette interview que nous avions pubié en septembre que nous vous proposons aujourd'hui.

 

 


 

 

DNJ : Vous et Joe Lovano semblez vous être parfaitement trouvés. D’où vient cette complicité ?

 

H.J : Joe et moi avons fait plusieurs Cd et nous avons fait ensemble une tournée très importante (NDR : en 2008). On se connaît bien tous les deux, nous sommes musicalement sur le même plan. Je ressens les mêmes choses que lui quand il joue et j’essaie de le supporter musicalement autant que je peux quand il prend ses solos. C’est une question de feeling quand on joue ensemble. Je me sens relax et je pense que lui aussi.

 

DNJ : Vous êtes tous les deux ancrés dans les racines du jazz 

 

Je ne sais pas trop ce que cela veut dire mais par exemple si vous prenez Joe Lovano, il a longtemps joué dans les big band. Il a ainsi beaucoup joué dans les big band de Thad Lewis et Mel Jones (rires) euh, Thad Jones et Mel Lewis je veux dire. Et avant il a beaucoup joué avec des gars de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait que, certainement nous partageons les mêmes racines.

 

DNJ : On a le sentiment que votre jeu s’épure de plus en plus. Que vous n’avez rien à prouver. Vous semblez être dans une approche directe au cœur des gens. C’est une démarche volontaire ?

 

Quel que soit l’instrument que vous jouez, vous devez jouer ce que vous ressentez et pas ce qu’un autre joue. Vous ne devez imiter personne parce que si vous faites cela vous perdez votre identité, votre âme. Vous devez toujours être vrai.

 

DNJ : Qu’est ce qui vous motive aujourd’hui pour jouer. Qu’est ce qui vous challenge ?

 

Quand je joue avec d’autres, il n’y a jamais aucune compétition dans mon esprit. La seule compétition qui existe c’est une compétition avec moi-même parce que depuis toujours j’essaie de jouer mieux que ce que je jouais avant. De concert en concert j’essaie de progresser, c’est vraiment ce que je souhaite faire. Et tous les musiciens devraient être dans cet état d’esprit même si parfois je sens qu’il n’en est pas ainsi. Si vous voulez avancer, vous améliorer, progresser techniquement, vous devez faire l’effort qu’il faut pour y arriver. Les choses changent, tout le temps. Je pense que mon jeu a tout le temps changé tout simplement parce que les choses, le monde change. Et même si c’est imperceptible, ma façon de jouer change forcément tout le temps. Je joue différemment maintenant qu’il y a 20 ans. Et je pense que, pour la plupart des musiciens, il en est ainsi tout simplement parce qu’ils essaient toujours de progresser dans leur jeu.

Quant à ma relation avec les autres musiciens, il n’y a jamais eu de notion de challenge ou de compétition. Au contraire je les écoute avec attention. Notamment les jeunes musiciens qui m‘intéressent beaucoup. Je continue à aller les entendre dans les clubs de jazz. Tenez il y a une jeune saxophoniste que j’ai découvert en allant au Smoke à New-York , Eric Alexander (1), c’est l’un des ténors les plus fins que j’ai pu entendre ces dernières années : de belles idées, de l’émotion, une technique rare, précision bref, tout.

 

 

DNJ : Quand vous jouez comme ce soir des standards comme Polka Dots and Moonbeams ou In a sentimental mood, vous pensez pouvoir découvrir encore de nouvelles choses ?

 

Il y a peut-être des choses que je peux découvrir pour la première fois mais en même temps quand vous jouez quelque chose pour la première fois avec quelqu’un c’est aussi la première fois que l’autre joue avec vous. Ce sont donc des occasions où l’on redécouvre tout.

 

DNJ : Quels ont été les moments les plus importants de votre vie, musicalement ?

 

Je crois que c’est lorsque j’ai eu la chance de travailler avec Ella Fitzgerald. Ensuite c’est certainement lorsque nous avons travaillé avec le Jazz At Philarmonic ( JATP). La troisième c’est lorsque j’ai rejoint le personnel de CBS où je suis resté 17 ans. Mais il y a tant de choses. Travailler avec Charlie Parker est aussi une des choses les plus marquantes.

Mais il y a eu tant de choses dans ma vie musicale. J’ai grandi dans une communauté près de Pontiac  où chacun était très religieux. On allait chanter à l’église. On adorait chanter tous ces gospels. Et il y avait des groupes qui venaient de Detroit chanter Swing low swing Chariot et tout ces bons vieux trucs. C’est ça mon background et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué, au départ.

 

 

DNJ : Avez-vous eu, vous et vos frères ( Thad et Elvin) le choix de devenir musicien ?

 

Vous savez, je suis venu au jazz progressivement. J’ai d’abord fait des études musicales, des études classiques. Mais vous savez on me disait aussi qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique pour des pianistes comme nous. Mais à l’époque j’ai vite joué avec des groupes locaux qui venaient tout droit de Detroit, de Pontiac, de Cleveland et bien sûr de New York. Quand j’étais à New York j’ai entendu Lucky Thompson que je considérais comme l’un des meilleurs sax ténors (avec Don Byas qui était d’ailleurs le héros de Lucky Thompson). A cette époque il jouait avec Wardell Gray. Il m’a dit que Hot Lips Page cherchait un pianiste. C’était en 1944 je crois. Je me suis dit, pourquoi pas et j’ai alors rejoins son groupe. J’avais 26 ans. On a tout de suite fait une grande tournée. J’ai appris tout de suite quelque chose à propos de ces tournées «  never do that again ! » : vous voyagez dans des conditions épouvantables, vous passez d’une ville à l’autre, vos vêtements sont toujours froissés ou sales, vous mangez mal. C’est éprouvant !

 

Vous dites qu’il n’y avait pas d’avenir dans le classique lorsque vous avez démarré vos études musicales. Vous est-il arrivé de le regretter ?

 

Non j’ai dû faire un choix et je suis allé dans le jazz et cette décision je ne l’ai jamais regrettée. J’avais mes héros qui valaient bien ceux du classique : Art Tatum, Fats Waller, Teddy Wilson. C’étaient de bons modèles pour moi. Mais je n’ai jamais essayé de les imiter note pour note. Ce n’est pas une bonne méthode. Parce que, comme je le disais, si vous essayer de copier quelqu’un note pour note vous ne pouvez pas être vous même. Vous ne pouvez pas trouver votre propre identité. Mais il faut nourrir ce que vous êtes et ce que vous allez devenir, en écoutant beaucoup les autres musiciens.

Ma mère, qui est morte maintenant, a toujours soutenu mon choix.Quand elle est morte j’étais jeune mais elle a quand même pu m’entendre jouer . Elle a été surprise elle-même. Mais c’est uniquement parce qu’elle  insistait pour que je travaille et travaille encore quand j’étais gamin. C’est pour cette raison que j’en suis là où je pense ou du moins j’espère en être aujourd’hui.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin le 5 juillet 2008

 

 

 

 

 

 


Hank Jones né à Vicksburg, Mississipi le 31 juillet 1918

Hank Jones est né d’une famille qui a donné naissance à deux autres célèbres jazzmen, le trompettiste et compositeur Thad Jones et le batteur de John Coltrane Elvin.

Hank Jones débute en 1944 à New York dans l’orchestre de Hot Lips Page puis joue avec les plus grands, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (de 1947 à 1953)

Après quelques années durant lesquelles il joua avec Artie Shaw, Benny Goodman, Lester Young, Milt Jackson, Cannonball Adderley, et Wes Montgomery, il rejoignit le personnel de CBS. Vers la fin des années 1970 et dans les années 1980, Jones continua à enregister énormément, en tant que soliste, en duo avec d'autres pianistes (incluant John Lewis et Tommy Flanagan), ou encore avec différentes sortes de petites formations, la plus connue étant le Great Jazz Trio avec Ron Carter et Tony Williams.

Hank Jones vivait à New York.

Hank Jones est mort dimanche 16 mai 2010.




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Published by Jean marc Gelin - dans Interviews
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commentaires

Chesnel Jacques 18/05/2010 12:01



bravo pour cet article... mais je suis désolé de n'avoir lu nulle part une info sur la mort de Luigi Trussardi, contrebassiste de qualité, trop discret... et français.



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