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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 06:00

Hatology / Harmonia Mundi 2009

 

Michael Moore (as, cl, bcl), Wolter Wierbos (tb), Ernst Reijseger (cello) et Mark Dresser (cb), Gerry Hemingway (dr)

 

Le site de Gerry Heminway



 

Gerry Hemingway est un musicien étonnant. A 54 ans, ce batteur fait partie de la fine fleur des « musiciens quinqua » américains à l'écriture contemporaine et à l'écoute de l'avant-garde européenne (Tim Berne, Mark Helias, Drew Gress, Mark Dresser...). Reconnus à New York et surtout en Europe, ces artistes s'inscrivent dans le prolongement du chemin parcouru par les musiciens noirs de la période des loft sessions de New York (David Murray, Bluiett, Julius Hemphill) en y combinant les expérimentations formelles de la scène des musiques improvisées américaines et européennes.

Hemingway se définit d'abord comme compositeur avant d'être batteur et il a imbriqué ces deux facettes de manière indissociable pendant toute sa carrière. Ce goût pour la forme et la composition lui vient de ses expériences musicales avec Wadada Leo Smith et George Lewis qu'il a rencontrés dans sa ville natale de New Haven. Par la suite, il a tourné au côté d'Anthony Braxton pendant onze ans. Ce musicien, qui privilégie les collaborations musicales de longue durée (BassDrumBone avec Mark Helias et Ray Anderson depuis trente ans, son duo avec Marilyn Crispell) a aussi su se tourner vers d'autres styles comme la musique contemporaine et les musiques électroniques (Tom and Gerry, Earl Howard).

Hatology réédite un concert du quintet européen de Gerry Hemingway, enregistré en Allemagne en 1993, qui réunit des musiciens américains et hollandais de la scène des musiques improvisées. La musique de « Demon Chaser » mêle bop post-moderne et musique improvisée: le liant entre ces deux éléments antagonistes est le point de rupture contrôlée. On pense évidemment à sa version de « A Night in Tunisia » dont les arrangements subtils diluent la mélodie. La musique bondit du jazz straight (« More struttin' With Mutton ») aux élans free spontanés et exotiques dont « A Night in Tunisia » est encore un bon exemple. Elle révèle une dimension polyphonique riche car le compositeur Hemingway raffolent des figures abstraites à l'approche contrapuntique. Les lignes instrumentales se rejoignent, se superposent puis se dissocient : comme les deux bouts d'un élastique qu'on étire à répétitions. De plus, les musiciens rivalisent d'ingéniosités sonores: l'association des textures sonores de la clarinette de Michael Moore et du violoncelle d'Ernst Reijseger puis celle du tromboniste hollandais Wolter Wierbos avec le violoncelliste hollandais, brillant comme souvent, sont des délices de nuances et de contrastes pour l’oreille. Enfin, Mark Dresser est terriblement présent sur le plan sonore. En soutien puissant à Hemingway, il contrebalance les sonorités parfois atmosphériques du trio Reijseger/Wierbos/Moore (« Buoys ») avec des notes terriennes et émouvantes. Plus batteur coloriste que batteur conducteur, Gerry Hemingway est un talent unique qui dirige avec une autorité intrusive. Source d’inspiration pour tout le groupe, il mobilise le quintet qu'il oblige à être très cohésif et en perpétuel mouvement. « Demon Chaser » est probablement le meilleur cd de ce quintet. Pour toutes les oreilles.

Jerôme Gransac

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