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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 23:57

Ed. Le mot et le reste

208 p, 23 euros.

 

 

« Kind of Blue »… On pourrait croire que tout a été dit sur le chef-d’œuvre de Miles Davis, qui demeure toujours considéré, soixante ans après sa création, comme LE disque de jazz incontournable. Et pourtant, hormis quelques on-dits et rumeurs plus ou moins invérifiables, que savait-on vraiment sur ces légendaires séances du printemps 1959 ? Finalement pas grand-chose. C’est là qu’intervient le livre d’Ashley Kahn qui, publié dès 2001, trouve enfin sa traduction française grâce aux éditions Le mot et le reste.

Fort d’un travail de recherche approfondi reposant sur des sources de première main souvent inédites (notamment l’intégralité des bandes master), cet ouvrage vous dira tout, tout, tout ce que vous avez toujours voulu savoir cet album culte. On y trouve une foule de détails et d’anecdotes qui n’intéresseront guère que les jazzomaniaques que nous sommes (Vous le saviez vous, que Cannonball Adderley mettait du substitut de sucre dans son café ?), mais aussi beaucoup d’informations vraiment essentielles. Ainsi, on apprendra que contrairement à une légende tenace, aucun des morceaux n’a vraiment été enregistré en une seule prise. Après une sympathique préface de Jimmy Cobb (le seul survivant parmi les musiciens), Ashley Kahn adopte un plan chronologique simple et efficace. Les bons connaisseurs de la biographie de Miles pourront sauter sans trop de dommage les deux premiers chapitres retraçant la carrière du trompettiste à partir de 1949, pour se jeter à corps perdu dans le récit détaillé des séances du 2 mars et du 22 avril 1959. L’ordre d’enregistrement des morceaux (Freddy Freeloader en premier, Blue In Green pour finir), les différentes prises, les rapports entre les musiciens (mais pourquoi diable Wynton Kelly ne joue-t-il que sur un titre ?), mais aussi les événements ayant marqué les six semaines séparant les deux dates, rien n’est omis. L’auteur n’élude pas non plus l’épineuse question de la paternité des compositions, en faisant la part entre les apports de Bill Evans et de Miles (sans oublier Gil Evans, qui a peut-être écrit le prélude de So What). La dernière partie du livre explore le destin de l’album (avec des passages très intéressants sur les techniques de marketing en œuvre dans l’industrie du disque des années 50), et surtout sa postérité. Ashley Kahn y donne la parole à nombre de musiciens prestigieux (Herbie Hancock, Gary Burton, Brad Mehldau…) et défend avec brio une série de thèses plutôt iconoclastes. On retiendra notamment que : 1. « Kind of Blue n’a déclenché aucune révolution musicale » dans le jazz ; et 2. que le funk endiablé de James Brown découle tout droit de cet album pourtant si serein et contemplatif. Bref, un livre enrichissant à tout point de vue.

Pascal Rozat

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