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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 06:01

Small Town SuperJazz 2009- 2 cds

 

 

 

Mats Gustafsson (bs, as, electronique), Ingebrigt Haker Flaten (cb, électronique), Paal Nilssen-Love (dr)




« Bag It! » est un album absolument renversant !

Mats Gustafsson nous racontait à Göteborg, pour la remise de son prix aux JazzKatten 2009, que The THING était le projet qui tournait le mieux! Quand on sait ce que contient la musique du groupe et ce qui se passe en concert, ce n'est pas une surprise. The Thing est constitué du suédois Gustafsson et des norvégiens Flaten et Nilssen-Love. Ces trois musiciens sont un peu les petits-enfants d'Albert Ayler qui aiment le rock'n'roll/punk/jazz déjanté et terrien aux aspérités saillantes. Un peu à l'opposé côté structure musicale, Mats Gustafsson a travaillé avec le trio AALY dont la musique est dure aussi, bigrement technique et terriblement structurée. Le point commun des deux trios est qu'ils servent d'exutoire à Mats Gustafsson le déchiré et que sur scène la musique est monstrueusement magnifique.

A partir de Live at Blå et Garage, The THING affirme son style Free Jazz Garage; sous entendu pour les malentendants: une bande de djeuns qui jouent leur musique dans le garage des parents au grand dam de ceux-ci.

Édité par le label suédois Smalltown SuperJazz, comme les précédents cds, « Bag It! » a dépassé ce cadre jubilatoire post-adolescent et présente des particularités significatives du succès de The THING. Question « démonstration d'énergie et de férocité », The THING joue des morceaux qui font son succès comme « Hidegen Fujna a Szelek » du groupe hollandais punk familial The Ex et « Drop the Gun », morceau rock-a-billy, du groupe punk japonais 54 Nude Honeys. Mais le groupe a gagné en patine et en maturité. « Bag it! » de Gustafsson est en effet une mélodie enivrante dont l'interprétation montre la profondeur émotionnelle du trio. De même, « Hot Doug », signée par le groupe, touche par sa tension et sa fébrilité. Sur le subtil « Angel » de l'inévitable Ayler et la version enlevée de « Mystery Song » d'Ellington, le groupe ramasse le discours free pour un résultat percutant et touchant. L'utilisation d'électronique en arrière-fond et les cris off-micros des musiciens sont aussi pour beaucoup dans la réussite de la musique de ce cd: ces bruits flous, souvent à peine audibles, enregistrés live ou ajoutés au mixage, apportent du trouble à la musique, la consolident et rendent plus mat les explosions caverneuses du sax de Gustafsson et les fusillades de la rythmique en(g)(r)agée. Le deuxième cd est une improvisation libre d'une demi-heure qui s'intitule « Beef Brisket » (qui nous fait comprendre clairement que ces garçons là les aiment saignants) où la multiplication des densités, des nuances sonores et des transitions rythmiques montrent le niveau d'intelligence du trio dans l'improvisation. Enfin, la musique a été enregistrée à l'Electrical Audio Studios de Chicago par Steve Albini qui a signé des noms du rock américain comme PJ Harvey, Nirvana et les Pixies. Ce producteur et vétéran des studios, qui a exprimé son dégout pour le jazz par le passé, a réalisé un travail important pour rendre la musique du trio intelligible et sonore et lui donner une identité propre.

Bref, ce disque est un must, un poids lourd de musique de la scène free européenne, à ne pas mettre entre toutes les oreilles.



Jérôme Gransac

Pour vous faire une idée:

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commentaires

J
<br /> A vrai dire, j'ai adoré plus qu'apprécié, mais cela tout le monde l'aura compris :-)<br /> A part ça, je suis d'accord avec vous Jacques (eh on peut se dire tu, on travaille tous les deux pour cj :-)), l'énergie débordante et b(r)ouillonante du free me fatigue aussi. Mais sur ce cd, j'y<br /> ai trouvé quelque chose qui m'a touché fortement. Je l'ai réécouté ce matin et je suis toujours d'accord avec moi !! Il y a une densité prenante dans les morceaux lents qui me tenaille. A vrai<br /> dire, je commence à bien connaître le jeu de Gustafsson et je pense que ça contribue beaucoup. A plus Jacques<br /> <br /> <br />
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C
<br /> autre chose : cette musique n'apporte absolument rien de neuf ; pire, pour moi qui a tant aimé et défendu dans les années 60 ce genre de musqiue, il me semble bien qu'elle a quelques décennies de<br /> retard (accumulations de clichés free aussi nombreux que ceux du be-bop à l'époque, reste l'énergie b(r)ouillonnante bien vaine)... mais que vous appréciez cela ne me pose aucun problème... tous<br /> les goûts... comme vous dites<br /> <br /> <br />
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C
<br /> tout à fait d'accord avec vous Jérôme ; pour une fois que le genre de musique produite par Edwin Berg, musicien européen lui aussi, produit si bien son effet autant le dire également, non ?...<br /> jazzistiquement vôtre<br /> <br /> <br />
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C
<br /> le genre de musique que je n'aime pas, du tout... et dire que plus bas, on dézingue Edwin Berg... c'est le monde du jazz, à l'envers.<br /> <br /> <br />
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J
<br /> Tous les gouts sont dans la nature. Il est clair que l'album de The Thing n'est pas à mettre entre toutes les oreilles et ne peut pas plaire à tout le monde. D'un autre côté, il n'est pas coutume<br /> de lire un article dithyrambique sur un groupe Free jazz EUROPEEN en France. Alors pour une fois que ce genre de musique produit si bien son effet, autant le dire<br /> Jérôme Gransac<br /> <br /> <br />