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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:00

JJJ TRIO RESISTANCE: « Etat d’Urgence»

 Cristal 2006

 Ça commence comme une longue plainte lancinante, grinçante suivie d’une mélopée, sorte de chant d’espoir qui se perdrait lentement dans quelques profondeurs. Patria de multitudes chant révolutionnaire des plateaux andins autrefois repris par les Quilapyun ouvre l’album. Il laisse place ensuite à la rage et la fureur d’un sax ténor dont les raucités font irrésistiblement penser à Sonny Rollins et ouvre un dialogue avec la batterie comme pour faire parler la foudre (Abacus de Paul Motian). Car Trio Résistances pour son troisième album reste résolument ancré dans une musique de combat. Alors que l’on se souvient du travail de Mirabassi sur « Avanti », le trio ici associe à quelques grands thèmes de la lutte, comme ce Pueblo Unido sublimement reconstruit et revisité, leurs propres compositions. Le saxophoniste Lionel Martin signe ainsi des pièces remarquables comme ce Blues for Steve ou ce splendide Lune Rouge, où  après une introduction mariant le soprano et l’archet, il déploie un sens rare de l’espace et conclut par une sorte de chant que l’on croirait venue de la lande Sud africaine. Avec un vrai sens de  la profondeur mélodique. Car cet album concilie toujours la liberté de l’improvisation parfois rageuse, parfois violente et le chant porteur d’espoir. Et musicalement ce trio là montre de fort belles choses dans des formats à géométrie variables entre trio et duo, apaisement et rage. Lionel Martin surprend par la sonorité très douce qu’il déploie au saxophone baryton et par la plénitude du son qu’il offre parfois (pas toujours) au saxophone soprano (Blue for Steve). A ses côté à la contrebasse, Benoît Keller est une révélation dont on aime les rondeurs, son agilité de chat capable de se dédoubler rythmiquement (Army of Her) et enfin la très grande présence mélodique (Pueblo Unido). Ses dialogues avec Bruno Tocanne où ce dernier  apparaît comme un véritable catalyseur dans des moments de jazz libre, déploient autant d’énergie que de finesse (L’issue).

 

 

 

 

 

Avec un sens admirable de la construction cet album se termine comme il a commencé. Étrange  et poétique conclusion en effet où la création de grands espaces laisse entrevoir tous les possibles. Progressivement les musiciens disparaissent, la musique s’éteint et ne reste plus alors qu’un riff seul à la caisse claire qui lentement se perd. Mais la musique ne peut pas se terminer. Elle se poursuit ailleurs. Dans l’imaginaire de l’auditeur. Et dépasse largement le cadre de cet album prenant.

 

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

 

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