Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:04

JJJJTRIO BEYOND: “Saudades”

 Jack De Johnette/ Larry Golding/ Johns Scofield

 ECM 2006

A Coutances, on savait bien qu’il s’agirait d’un événement. Car ceux qui avaient déjà eu la chance d’entendre cet album présentant dans son intégralité 2h30 d’un concert donné à Londres en Novembre 2004 n’en était pas tout à fait revenu. Car ce trio créé au départ pour jouer en hommage à Tony Williams se situe bien au-delà d’une simple formation tournant autour d’un simple « tribute to ». Bien au-delà. Beyond. Le génial batteur de Miles Davis disparu en 1997 est certes bien présent dans cet album dominé par les couleurs jazz rock des années 70. Et ce n’est certainement pas un hasard si la réédition en 2003 de l’album « Emergency » de Tony Williams en trio avec John Mc Laughin (g) et l’organiste Larry Young est ici une référence incontournable. Deux titres (Spectrum et Emergency) en sont d’ailleurs repris. Mais « au-delà » de cet exercice on voit bien que les trois hommes peuvent s’emparer de n’importe quel répertoire et lui imprimer véritablement leur propre marque. Pourquoi pas alors s’aventurer du côté de Big Nick de Coltrane ou d’un énorme standard comme I fall in love too easily pour les façonner autrement, au-delà. Et c’est dans l’espace d’un long concert, totalement affranchi des contraintes de format, que ces musiciens parviennent, en temps réel à développer avec autant de science de l’improvisation, ce son et cet espace absolument uniques. Parce que les années ont passées et que ces trois musiciens géniaux ont goûté à d’autres délices, ils transcendent totalement le jazz rock des années 70 (ou fusion) tout en sachant y rester d’une grande fidélité.

 

 

Au rock moelleux de John Scofield s’associe le son lunaire d’un Golding marchant sur les traces d’un autre fameux organiste, Larry Young. Scofield survole l’exercice, balance entre improvisations totalement débridées, citations inventives (Seven Steps), chorus fous et sonorités poisseuses à vous coller aux basques comme dans Saudade qui atteint là des sommets de guitare. Golding lui, pose le jeu, déroule le tapis et lisse les inflexions de Scofield quand il ne se transforme pas lui même en deuxième guitariste comme dans ce Seven Steps to heaven   à un moment donné (tel Coltrane/Elvin Jones), Scofield s’efface pour laisser Golding et De Johnette dans un face à face à haute tension.

 

 

Pour se convaincre que cette association là est d’une complémentarité aussi évidente que riche, il n’est que d’entendre les longues introductions à l’orgue sur As One ou sur I fall in love sur lequel Golding crée une sorte d’éther musical, une torpeur languide totalement décalée en ouverture de John Scofield qui peut alors s’emparer du thème et se l’approprier.

 

 

Mais le maître absolu de cet album, l’extra terrestre, celui qui constamment imprime sa marque est l’IMMENSE Jack de Johnette. Jamais nous n’avions entendu le batteur atteindre un tel sommet. Et s’il y en avait un seul qui pouvait légitimement rendre hommage à Tony Williams, c’est bien lui. Maître absolu des cymbales (auxquelles il rajoute des petites cymbales inversées) son jeu est tout droit issu de celui du batteur de Miles. Mais «  au-delà » il incarne là une sorte de synthèse entre le jeu de Tony Williams et celui d’un Elvin Jones, les deux grands inventeurs de la batterie jazz avant Paul Motian. Jack de Johnette s’inscrit dans leur tradition et se lâche comme rarement auparavant. Porte cet album à bout de bras. Insuffle une mise en tension permanente, structure/destructure la base rythmique tout en donnant toujours le sentiment d’être constamment dedans, innove, invente, transcende le discours des musiciens. Anime et donne le tempo comme on donne la vie. Un travail de géant. De Johnette est le seul aujourd’hui qui peut à ce point et avec autant de génie, casser les riffs, casser les structures rythmiques sans jamais, jamais porter atteinte à la dynamique dont il reste le gardien. Joue avec le feu. Inventeur inouï. Son solo sur Spectrum, à la manière d’un Billy Cobham semble venir d’une autre dimension.

 

 

On pourra certainement objecter que cet album tourne un peu en rond autour du même modèle. Qu’il présente quelques longueurs. Celles que l’on retrouve forcément en concert lorsque les musiciens ne s’imposent plus aucune limite pour « tourner autour » et créer des espaces sonores. Mais il fallait ce temps long pour nous emmener dans leur autre dimension. Nous emmener au-delà. Bien « Au-delà ».

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

(*) Billy Cobham seul batteur à pouvoir rivaliser avec Johnette sur ce terrain là, avait signé en 1973 un album qui s’appelait justement « Spectrum »

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires