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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 23:07

Tu sors à la rentrée un album, le premier sous ton nom. Tu as choisi de l’autoproduire. Pourquoi ?

JCR : J’avais eu des contacts très intéressants avec Yolk. Mais au final il se trouve que le travail que nous avons avec mon frère me permettait de maîtriser entièrement toute la chaîne. C’est ce que je voulais. Même si les labels comme Yolk sont hyper respectueux des choix de l’artiste, du packaging, je voulais, ne serait ce que sur des choix esthétiques avoir le choix de l’objet, ne pas rentrer dans un canon prédéterminé, pouvoir faire passer certains textes en pochette, parler de la pièce de Alain Margoni etc… En  plus je sais bien qu’un projet comme celui là n’atteindra jamais son seuil de rentabilité. Cela devient donc quasiment un investissement personnel.

 Où l’as-tu enregistré ?

 JCR:   A  Saylorsburg, en Pennsylvanie, à côté de la maison de Dave Liebmann. En pleine forêt. Au départ il y a Steve Lacy qui est à l’origine de ce projet. C’est quelqu’un qui m’a ouvert des voies instrumentales et musicales que je ne soupçonnais pas. J’avais écrit une pièce dans une master class avec Dave Liebman, Lacy avait trouvé que cette musique était vraiment celle qui me convenait. Ensuite  j’ai beaucoup étudié la pédagogie de Liebman, beaucoup écouté avec lui. Mais après plusieurs années à apprendre à ses côtés j’avais acquis le sentiment que j’arrivai au bout de quelque chose en tant qu’étudiant. J’avais envie de me retrouver en situation de plus grand danger.  Alors j’ai eu envie de me lancer dans l’aventure du solo. Car l’idée de faire un solo me donnait la possibilité d’être avec Dave en studio comme avec un miroir. Qu’il me place ce miroir de qui je suis et de la façon dont lui, aurait travaillé.

 Quand je lui ai proposé cette idée à l’occasion d’un master class, il a tout de suite accepté. Nous avons convenu que je lui enverrai des projets par MD et que nous échangerions comme ça, à distance. Nous nous sommes retrouvés à Paris en 2005 lorsqu’il a enregistré ses duos avec Michel Portal. Nous avons alors fait des premiers tris et il m’a donné des pistes de réflexions. Il voulait que j’enregistre chez lui, être dans son univers. En plus il ne voulait pas trop s’éloigner de sa famille. Je me suis rendu compte après coup que me retrouver dans son studio, dans ses terres, partager ainsi un peu de son intimité était une grande chance. Je ne te cache pas que dans l’avion, je n’étais vraiment pas sûr que j’aurais assez de cran pour arriver au bout de ce disque. Et finalement je me suis dit que tant pis, même si je n’allais pas au bout au final j’aurais quand même pris une superbe leçon.

  Comment s’est passé le travail en studio avec lui ?

 JCR : D’abord le fait d’avoir fait cela chez lui avec Kent Heckman l’ingénieur du son avec qui il travaille de longue date, nous a fait gagner beaucoup de temps. Du coup, le son était fait en ¼ d’heure. Il y avait juste aussi un peu de travail à faire sur des re-recording lorsque l’on entend deux saxes sur un même morceau. Et là aussi il a été vraiment très efficace.

 N’est ce pas une prise de risque énorme de faire un premier disque en solo ?

JCR : Interpréter la musique des autres est un vrai travail d’abnégation. Se mettre au service des autres est quelque chose que j’aime faire et que je fais dans de multiples occasions comme avec Chris Culpo ou avec Jean François Baez. J’adore servir la musique des autres lorsqu’elle est aussi superbe que la leur. Mais là le solo s’imposait pour moi. Le solo est une merveilleuse manière de se connaître soi même. De livrer ma musique et aussi celle de Lacy, quelque chose que je porte vraiment en moi.

 

Le format de cet album est assez varié malgré le fait qu’il soit en solo. Il y a donc de vrais choix artistiques.

JCR : Nous avons (avec Dave) beaucoup échangé sur le choix d’un ensemble qui ne soit pas monochrome mais qui présente un ensemble assez varié. Faire en sorte que les pièces aient une variété de couleurs, dans les timbres comme dans l’écriture. Je passe ainsi du soprano au baryton et parfois aussi j’utilise les deux. J’ai surtout essayé de ne pas me répéter d’une pièce à l’autre dans cet album. Même dans la forme les morceaux vont de 1’02 à 5’20. Sur le fond je crois que quelqu’un comme Steve Lacy aurait conçu un projet comme celui là à partir d’une thématique de base (Ellington ou Monk par exemple) et serais ensuite parti dans un  travail de défrichage. C’est un peu ce que j’ai voulu faire. De plus c’est un travail qui est à la fois écrit et improvisé. J’ai voulu faire ressortir ces deux aspects. Des pièces comme First sound  ou George Perec sont en grande partie improvisées alors que celle de Alain Margoni, inspirée de Messiaen est largement écrite mais avec un background jazzy.

Pourquoi cette musique de Lacy ?

JCR : Lacy a bien sûr cette dimension spirituelle très forte. C’est un philosophe de la musique. Par les aphorismes qu’il donne aux titres de ses morceaux, par les interviews qu’il a données on voit bien que c’est quelqu’un qui a un champ de profondeur qui dépasse le simple cadre de sa propre musique. Le parcours de Lacy, sa vie entière consacrée au soprano. C’est quelque chose de très fort. Un modèle.

 

Tu as au départ un parcours issu du classique. Comment en es tu venu à la musique improvisée, au jazz ?

JCR : J’ai effectivement un cursus classique. Mon parcours est très institutionnel. Mais dès que j’ai fini mon cursus j’ai posé le ténor. En fait je ne parvenais plus à prendre le ténor sans avoir à me dire « comment faut il que je joue. Comment est il bien que je joue pour être conforme à ce que je suis censé faire ». Mais je trouvai ces préceptes un peu stériles. Je suis alors passé par une phase de rejet et surtout véritablement par une phase de désapprentissage. Il faut ce rejet pour revenir à la pratique. Cependant je crois vraiment qu’il faut en passer par cette rupture pour revenir aux bases fondamentales que mon parcours classique m’a permis, un peu inconsciemment de maîtriser. Il ne faut surtout ne pas croire que ces années d’apprentissage  sont des années perdues. C’est justement tout le contraire. Mais il a fallu passer par cette césure pour trouver ces nouvelles sensations.

 

Tu as déjà proposé ton projet en solo en public ? C’est un peu rude pour un public pas toujours averti. Quel a été l’accueil ?

JCR : J’ai été surpris. Le concert devait durer 30mn. Il en a en fait duré près d’une heure. L’accueil a été très bon. Beaucoup de gens, pas forcément musiciens n’ont pas été arrêté par l’austérité du projet. J’avais surtout peur d’avoir dit très vite tout ce que j’avais à dire. En fait je me rend compte que n’ai pas tout dit et surtout pas très vite.

Propos recueillis par Jean- Marc Gelin

 

 

L’album « Faces » est un album magnifique et assurément l’un des événement de cette rentrée. Il sortira début octobre et sera chroniqué dans les colonnes des DNJ lors de  sa sortie officielle.

 

 

 

 

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