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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:05

JJJ KenNY GARRETT: “Beyond the wall”

 

 

Nonesuch 2006

 

 

 A la première écoute de « Beyond the Wall », on reste coi.

 

 

On reste coi car, en première réaction, cet opus suscite quelques interrogations: Kenny Garrett en quête de vénérabilité ? Kenny Garrett mystique? C’est quoi cette mièvrerie dégoulinante ? Pourquoi faire appel à Pharoah Sanders autrement que pour trouver une quelconque légitimité dans la démarche? On sait l’homme très intéressé par l’Asie, il parle même japonais. On connaît l’artiste très influencé par John Coltrane, il avait d’ailleurs consacré un album magnifique (« Pursuance ») à sa musique. Pour certains : quoi de plus normal que d’emprunter les mêmes chemins de son maître ? Pour d’autres, la question serait plus : quel tropisme a piqué Garrett à faire dans le mystique bouddhisant après un voyage en Chine ?

 

 

A l’origine, cette œuvre était dédiée à Mc Coy Tyner, qui devait jouer sur cet album. Mais c’est Mulgrew Miller qui pose ses mains sur les touches d’un piano inspiré. En fait, il ne faut pas seulement considérer cette œuvre comme un disque de jazz. Il faut aussi  se rappeler des deniers galas de Garrett en festivals et de la musique qu’il y présente. "Beyond the Wall » est un amalgame de passion pour l’Asie, de sujets à la mode, de tonalités et figures tirées de la World Music , de tournerie jazz féroce et d’un peu de mauvais goût. Grosso modo, l’ensemble est inégal. On peut distinguer quatre pièces qui dérangent. « Tsunami Song » (ne serait ce que le titre…) est une chinoiserie ennuyeuse, jouée sur un erhu, qui mêle mauvais goût et faux-semblant. « Realization » parait sans intérêt et superficiel : il s’agit de mantras tibétains répétés à l’infini et chantés en studio par un chœur !

 

 

« Qing Wen »  et « Kiss the skies »: si on s’arrête aux chœurs « world », ces deux pièces font penser à de la mauvaise musique d’ascenseur…  Voilà ! Vous vous dites  que vous avez une idée, même superficielle, de la chose et que cela vous suffit. Permettez-moi de vous contredire … L’ensemble n’est finalement pas si mal ficelé, malgré ce qu’on vient de vous en dire. Il apporte des plaisirs simples comme celui de respirer l’herbe fraichement coupée : odeur ultra connue mais toujours agréable quand elle arrive a nos naseaux. Il faut dire qu’avec un tel line-up, le groupe joue terrible ! On ne peut pas reprocher grand-chose à l’interprétation. Bobby Hutcherson est particulièrement surprenant d’imagination et la combinaison Garrett / Sanders est inspirée et nous délivre de précieux et intenses moments. Sans compter la section rythmique percutante avec Brian Blade et les interventions habitées de Mulgrew Miller sur la belle et puissante composition « Beyond the Wall », dont on siffle immédiatement le thème, par exemple. Après quelques écoutes, on découvre d’autres délices comme « Now » qui est une pièce de jazz modal tout ce qui a de plus somptueuse, ou même « Gwo Ka », malgré les chœurs « houhouuuuu », ou la ballade « May Peace Be Upon Them » avec une mention spéciale à … tout le monde, car vraiment personne n’est en reste.

 

 

L’atmosphère de l’album est très coltranienne, parfois même très solennel et emphatique comme sur « Calling ».  Le pire dans tout ça, c’est qu’on y prend goût, une fois l’effet de surprise évoquée au début de cette chronique. Justement, c’est un coup de cœur, un flash : on l’écoute en boucle…

 

 

Mais, dans notre cdthèque, quel place aura ce cd dans six mois ? En tout cas, pas sûr qu’il reste graver dans nos mémoires ad vitam aeternam.

 

 

Jerome Gransac

 

 

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