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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 23:22

JJJJ JEAN-CHARLES RICHARD: “ Faces”

HERRADE 2006

 

 

Jean Charles Richard (ss, bs), Dave Liebman (dm)

 

 

 Ceux qui ne savent pas que JC Richard est un grand saxophoniste doivent impérativement écouter cet album. Car à l’égal des grands Jean Charles Richard, que ce soit au soprano ou au baryton impose un son unique à la fois net et puissant. On ne peut s’empêcher de penser ici à Antony Braxton, celui des « Saxophones improvisations Série F ».  Ici, malgré la réticence à se jeter sur un album de sax en solo dont l’austérité du principe (largement démentie dans les faits) pourrait décourager certains, il n’est jamais question d’ennui. JCR ne lasse jamais. Multiplie les couleurs au gré des titres. Un remarquable travail de mixage permet de juxtaposer et coller des pièces au soprano et au baryton donnant ainsi l’impression d’avoir deux musiciens en studio. Après une ouverture à la lame aiguisée (First sound), Jean Charles Richard impose au baryton des sonorités brutes et primales (Rainouart au Tinel). Avec la superbe pièce de Margoni (Réflexion sur le langage d’Olivier Messiaen) et avec celle qui précède (Off Birds) l’album explore aussi les voies de la musique contemporaine. Plus loin sur Boreal, JC Richard tient une note et lui donne une dimension étrange et mystérieuse. Plus loin encore son hommage à Steve Lacy sur Bone, fait tourner les têtes. Son mentor, Dave Liebman chez qui cet album a été enregistré était en studio à Saylorsburg. Il a supervisé la totalité de l’enregistrement. Il passe de l’autre côté de la vitre à deux reprises pour tenir la batterie dans la série de thème qu’il a composé en hommage à Elvin Jones. Mais dans cet album d’une grande générosité l’inspiration de JC Richard se trouve avant tout dans l’héritage de Steve Lacy. Son langage musical véhicule un  discours sans académisme et sans concession qui puise autant au classique qu’au jazz et à la musique contemporaine pour s’approcher de sa propre forme. Et alors que d’autres attendent des années avant de se lancer dans l’exercice du solo, c’est avec courage qu’il choisit cette formule sans concession. Celle qui correspond le mieux à sa conception esthétique et intellectuelle de la musique. Elle ne se partage pas. Sans jamais perdre en énergie et en puissance, il impose son jeu dans tous les formats et tous les tempos, fidèle à ses propres sonorités. Un travail de sculpteur. Parce qu’il vient surtout du classique et moins du jazz, on a le sentiment que tout y est techniquement sous contrôle. Dire qu’il manque alors cette part de lâcher prise, cette part un peu folle de l’improvisation serait mal le comprendre. Car Jean Charles Richard revendique lui-même cette exigence de perfection, ce travail de labeur quasi monacal.  C’est un travail ascétique qui mène à l’extrême pureté. C’est un des chemins qui mène au beau.

 

 

Jean Marc Gelin

 

 

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