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3 février 2007 6 03 /02 /février /2007 21:31

  Cela fait déjà quelques années que ce jeune guitariste ne cesse de nous surprendre. Qu’il navigue entre le rock furieux à la Sonic Youth ou les évanescences  d’un Ry Cooder, on commence à reconnaître sa griffe. Maxime Delpierre est un des artistes majeurs du label Chief Inspector que l’on peut entendre avec Collectif Slang ou encore avec l’album Limousine qui aura surpris beaucoup de monde l’an dernier. Insaisissable ce garçon ne pouvait que se trouver des affinités avec Louis Sclavis aux côtés de qui il joue dans l’album du clarinettiste qui vient de paraître chez ECM ( L’imparfait des Langues). A venir un prochain album qui sortira en avril avec Jim Black.       Rencontre avec ce guitariste qui  à 31 ans affiche et revendique son air d’éternel ado.

  

DNJ : Comment a été accueillie la sortie du nouvel album de Collectif Slang

 MD : Bien mais sans plus. En fait plusieurs choses sont venues se télescoper. D’abord la sortie du très médiatisé Jus de Bosce de Méderic Collignon et celle du quartet de Vincent Courtois.  Mais on a eu un bon écho de Thierry Lepin dans Jazzman et de Frederic Goaty dans Jazzmag. Et puis c’est vrai que dans le monde du jazz on a du mal à affirmer notre identité. Si tu rajoutes à cela le fait qu’il n’y a plus Méderic dans le groupe et que la sortie de l’album s’est faite sans lui, tout ceci explique peut être qu’il y ait eu peu de retentissement.

 

 

 DNJ : Le départ de Collignon, c’est la fin d’une histoire ?

 MD : Non certainement pas. Mais tu sais Collectif Slang existe depuis 8 ans. Méderic avait envie de faire autre chose, de se consacrer notamment au projet qui lui tient à cœur. C’est vrai que nous faisons tous partie de groupes très collectifs où chacun apporte son truc et je crois que Médo a envie à ce stade de sa carrière de se concentrer un peu plus sur ses propres projets musicaux. Mais je te rassure il y avait une vie avant et il y aura une vie après Méderic. Même sil ne s’agit pas de remplacer Méderic mais juste de faire autre chose. Du coup lorsque l’on joue, on joue à 4 et on invite Mike Ladd ou Bruce Sherfields à se joindre à nous quand ils sont disponibles.

 

 

 

DNJ : Quelles sont vos influences dans le Collectif ?

 MD : Par définition dans un collectif, nos influences sont assez différentes mais on se retrouve sur pas mal de points communs. Mike Patton et John Zorn sont des sources qui nous réunissent. Mais on va chercher aussi toutes les influences de rock un peu méchant du genre Sonic Youth par exemple.

 

DNJ : Il y a un titre qui s’appelle «  le kid de Minneapolis », c’est un clin d’œil  à Prince ?

 MD : Ce n’est pas un morceau de lui mais oui c’est clairement un truc qui s’en inspire. En fait Médo et David Aknin sont de vrais fans de Prince.

 

 

 DNJ : Zorn c’est votre lien avec le jazz

 MD : En fait c’est moins Zorn que tout ce que Zorn met dans sa musique. L’idée de parvenir  à intégrer toutes les références et toutes les expérimentations musicales. Mais dans notre album  on est parti de ce que l’on savait jouer sans se lancer dans des défis insensés. En essayant de faire tourner des idées. Qu’est ce qu’on peut faire de Sonic, de Prince, de Mike Patton….

 

 

 DNJ : Tu donnes l’impression d’exprimer clairement ton côté Dr Jeckyll et Mr Hyde. On t’entend manier la guitare furieuse avec Slang et en même temps être d’une extrême douceur avec Limousine ave des couleurs très empruntées à Ry Cooder.

 MD : Le côté Ry Cooder vient du fait que j’adore les musiques méditatives. Et il y a un peu de cela chez Cooder. Mais j’adore par ailleurs les musiques indiennes ou les musiques de Sakuhachi (NDR : la flûte japonaise). Par rapport à Ry Cooder en fait c’est dans notre album de Limousine que l’on retrouve l’influence et ce qui nous a inspiré c’est très clairement Paris-Texas de Wim Wenders. Mais quand on a fabriqué Limousine au départ ce n’était pas du Ry Cooder que l’on voulait mais plutôt du Neil Young.

 

 

 DNJ : Justement, comment est né Limousine

 MD : C’est clairement venu, paradoxalement d’un problème de volume sonore. L’univers dans lequel moi et mes copains musiciens nous exprimions était un univers de violence musicale. Avec Mathieu Jérôme et Philippe Glaize, ce que l’on fait c’est de la violence pure. On est dans une approche presque animale. Avant que Chief Inspector ne prenne Collectif Slang sous son aile on a eu la vie dure. On n’était pas des gars du conservatoire. Plutôt des musiciens de cave qui avaient pas mal de difficulté à se faire entendre. C’est vrai que notre musique donne carrément dans le free rock. Mais on avait toujours l’impression qu’on ne nous laissait pas faire ce que nous voulions. Il y avait toujours un  patron de club pour nous dire : « eh les gars jouez comme vous voulez mais juste pas trop fort ». Du coup on avait les retombées plutôt bonnes de ce que l’on faisait en festival mais pas vraiment de lieux ailleurs pour nous exprimer. C’était toujours très difficile d’arriver comme ça dans des programmations et d’envoyer le boulet ! Du coup Limousine est venu par réaction à ça. Au fait par exemple de ne pas pouvoir jouer fort. Limousine a été un super contrepoint à cette idée de puissance dans la musique. A un moment où l’on commençait à être reconnus par rapport à cette puissance, et qu’en même temps on avait beaucoup de problème pour trouver des lieux. Du coup on s’est dit, voilà un format où l’on va pouvoir jouer partout, où personne ne pourra l’ouvrir pendant le concert, où on entendra pas un seul tintement de verre. Impossible de se lever pour aller pisser pendant un concert de Limousine sinon tout le monde va le capter !

 

 

 DNJ : Du coup c’est une musique contre nature pour vous ?

 MD : Il a juste fallu que l’on se fixe un certain nombre de contraintes. On s’est imposé de jouer assis (c’est une contrainte énorme pour nous t’imagines pas !). On s’est aussi imposé un look, une façon de s’habiller, de travailler notre image.

 

 

 DNJ : Le problème que tu évoques avec Collectif ne vient il pas de l’ambiguïté du public auquel vous vous adressez. Tu ne peux pas me faire croire que vous ne pouvez pas jouer sur des scènes de rock, même avec votre puissance sonore.

 MD : Notre public n’est pas forcément un public rock. En fait l’accueil le plus ouvert que l’on a jusqu’à présent vient du jazz. Le rock c’est souvent un marché, des riffs de guitare et des pieds de grosse caisse à longueur de journée. Moi j’adore personnellement ce côté garage. Mais voilà, dans Collectif il y a une vraie dimension de recherche musicale qui ne s’inscrit pas dans ce que l’on demande aux musiciens de rock.

 Avec Limousine c’est très drôle car notre public est hyper diversifié. C’est bizarre de voir que cela peut toucher des gens qui viennent de cultures si différentes. Limousine est un groupe qui ne suppose pas de prise de tête. Du coup à la fin des concerts on voit des gens qui nous achètent des disques, qui nous demandent des autographes. Des trucs que l’on ne verrait pas dans un club de jazz. Et pourtant ce n’est pas vrai que l’écriture est plus simple. Avec Limousine on voit vite qu’un morceau ne pourra pas marcher alors qu’avec Slang il y a plein de micros idées qui peuvent fonctionner.

 

DNJ : Dans Slang pourtant derrière le chaos, votre musique semble au contraire très écrite et surtout très exigeante quand à sa cohérence et sa sonorité.

 MD : La sonorité est clairement un parti prit. Le jeu guitare/basse/ batterie est à la base très dense. Ensuite pour ce qui est de la place des solistes (trompette ou sax) nous avons clairement voulu repositionner les rôles voire les inverser. Mingus concevait les choses comme ça. Quand on écoute un disque de Coltrane on se prend bien sûr un solo de sax fabuleux avec la rythmique qui tourne derrière mais quand on voit une vidéo du quartet de Coltrane, curieusement on entend surtout un quartet qui joue ensemble. Le solo est un son de groupe. Le seul qui se positionne comme ça, comme leader chanteur c’est Zorn à mon avis. Il se positionne en leader tout en libérant les espaces et en organisant le son à partir de lui. Les saxophonistes avec qui je travaille comme Laurent Bardaine ou Laurent Geniez se prennent la tête depuis des années pour savoir comment exister sans prendre des solos de trois plombes. Notre façon de travailler est une partie de la réponse. Elle leur redonne une place essentielle qui n’est pas limitée au fait de prendre des chorus en solo.

 

 

 DNJ : Avez vous le sentiment de faire bouger les choses dans cette musique

 MD : Je crois surtout que nous avons eu la chance de rencontrer sur notre chemin quelqu’un qui est véritablement animé d’une vision sur l’évolution du jazz. C’est franchement grâce à Nicolas Netter et à son label « Chief Inspector » que beaucoup de choses ont été possibles. Je me demande parfois ce qui se passerait dans cette musique, dans notre propre musique et où nous en serions s’il n’avait pas fait ce label.

  

DNJ : Y a t-il des connections fortes entre les différents artistes du label ?

 MD : Le label est un peu moins collectif aujourd’hui. Au début il ( NDR : Nicolas Netter) a récupéré une somme de disques destinés à aller nulle part de mecs qu’il connaissait vraiment bien . Depuis il a fait son chemin en tant que jeune producteur et il signe des trucs en fonction de ce qui l’intéresse. Le label s’enrichit incroyablement aujourd’hui de personnalités et de générations assez différentes. Tu y trouves Yves Robert (avec le projet  « l’Argent »), il va y avoir D’Kabbal qui va faire un album avec Marc Ducret. En septembre on a enregistré un album avec Jim Black avec Collignon, Roulin et moi. Ça va sortir en avril. Un jour cela ne m’étonnerait pas que l’on voit Sclavis sortir sur le label (Je viens de participer à son dernier album L’imparfait des langues qui vient de sortir chez ECM). Donc tu vois non seulement les connections existent mais en plus elles s’élargissent.

 

 

 DNJ : Quel est ton parcours ?

 MD : Clairement moi je viens du rock au départ. Tendance ado, guitare héro. Quand j’ai voulu commencer à prendre de vrais cours je me suis adressé à un guitariste de jazz, Philippe Eveno. Mais sinon je suis plutôt autodidacte. Je suis juste passé par l’école ARPEJ. Le jazz au départ c’était plutôt pour moi le moyen d’accéder à des formes un  peu plus compliquées. J’écoutais Pat Metheny et je trouvais ça génial alors forcément je voulais faire pareil. Donc pendant des années j’ai essayé. Et puis je crois que lorsque j’ai commencé la guitare c’était un instrument qui devenait un peu « has been ». Le chorus que personne n’écoutait. La question du son est un peu venue de cela pour moi : comment me faire entendre après trois chorus de sax dans un jam d’un demi heure.  Ensuite ce qui s’est passé dans le jazz à partir des années 90 a commencé a nettement moins m’intéresser. Il ne se passait plus rien dans le jazz. Et j’ai donc commencé à aller chercher. En allant voir vers les musiques improvisées j’ai pu rencontrer des gens qui venaient de plein d’univers différents. Avec Slang c’est un groupe où on a fait que de l’improvisation pendant 7 ans (avant que nous ne commencions à entrer en studio). Et là on a pu expérimenter plein de choses à partir de l’improvisation. Les fans de slang doivent avoir quelques enregistrements pris au MD ou à la sortie de table du Batofar, de la Malterie ou aux Falaises de concerts comme ça, entièrement improvisés. J’ai perdu ces enregistrements et je lance donc officiellement un appel  tous ceux qui ont ces bandes des Falaises ou de la Malterie  : je suis demandeur !

  

DNJ : près ces dernières années au service du Collectif, tu as la tentation de l’enregistrement d’un projet sous ton nom ?

 MD : C’est clair même si je sais déjà que cela ne portera pas mon nom. En tous cas ce sera mon projet. J’y pense depuis pas mal de temp. L’Atelier du Plateau m’a laissé une carte blanche depuis près de deux ans et c’est l’occasion pour moi d’y faire des rencontres et de nourrir mes propres réflexions sur ce que je pourrai faire et avec qui. Je me remets aussi à écrire de la musique. J’ai ressorti des trucs que j’avais écris il y a longtemps et donc je commence à avoir un peu de matière. Je crois que je n’ai plus envie de faire comme avant, de la musique totalement improvisée.

 

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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