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5 mars 2007 1 05 /03 /mars /2007 23:39

JJJ FRANCK CARLBERG: « The State of the Union  »

 

 

 

Fresh Sound New talent 2007-02-05

 

 

 

Frank Carlberg (p), Chris Cheek (ts), Christine Correa (vc), John Hebert (cb), Michael Sarin (dm), gests : Andrew Rathburn (as), George Garzone et Paul Lichter (spoken word)

 

 

 

 la musique du pianiste Frank Carlberg est irrésistiblement ancrée dans la littérature. Voici plusieurs années en effet que ce pianiste finlandais fait les beaux jours de la scène New Yorkaise et  travaille avec sa femme et chanteuse Christine Correa autour des grands textes de la poésie sur une musique au format assez original. Sorte de jazz and poetry. Leurs sources d’inspiration sont multiples. Dans cet album par exemple une partie de son travail (The Presidential suite) prend pour base le texte des déclarations de Bill Clinton lors de l’instruction de l’affaire Monica Lewinsky. Le propos politique y est alors repris de façon ironique et l’on suit avec amusement les deux sax dialoguer comme s’il s’agissait finalement de quelque chose de pas très sérieux .

Dans un autre moment des extraits du « Bill of right » lus par un acteur sont mélangés avec des bribes de textes de Allan Ginsberg et sonnent comme une sarcastique dénonciation de la guerre. Plus loin le propos politique s’éloigne (s’éloigne t-il ?) pour aborder les rivages d’une poésie pleine de sous entendus. Ginsberg  est, avec d’autres écrivains de la beat generation (Kerouac) une source d’inspiration constante qui revient souvent dans un esprit flirtant moins avec le psychédélisme qu’avec un sens du surréalisme Lewis carrollien que l’on pense retrouver dans la déstructuration des morceaux et dans l’atonalité de la forme. Avec Frank Carlberg c’est un peu comme si on poussait les portes d’un café littéraire de San Francisco dans les années 70. D’où une théâtralité dans cette musique jamais improvisée mais ressentie parfois comme une sorte de happening. Un propos dans lequel on verrait le prolongement d’un travail engagé comme on pu le développer en leur temps Max Roach et Abbey Lincoln. Un travail post monkien  (Red piano) dans lequel l’ironie n’est jamais très loin. Avec Carlberg, les textes prennent une autre dimension, une sorte de relief où le surréalisme se confond dans une musique très écrite, jamais improvisée mais toujours très libre finalement. Ce qui exige de la part de ses camarades musiciens et chanteurs une très grande musicalité pour s’adapter à l’ensemble de contraintes fixées par Carlberg. La manière avec laquelle Chris Cheek  se coule dans ce jeu expressionniste est étonnant ( Disembloweled babies ou State of Union ou encore Sight is Just dust). A ses côtés le batteur Michael Sarin soutient et souligne toujours le propos. Christine Correa est quand à elle de ces chanteuses dans la ligné des Abbey Lincoln ou des Jeanne Lee. Son exercice quasi hypnotique de répétition des thèmes dans sa forme presque théâtrale invite à une toujours à une seconde lecture (écouter A very valentine plus poignant qu’il n’y paraît de prime abord)

 Si toutes le compositions n’emportent pas la même adhésion, il n’en reste pas moins que dans le paysage du jazz actuel qui souffre d’un formatage aseptisé, ce travail est d’une très grande originalité. Il invite à l’intelligence de l’auditeur. Ce qui en soit est absolument remarquable.

 

 

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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