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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 23:08

JJJJ Pierre de Bethmann : « Oui »

 

Nocturne 2007

  

Pierre de Bethmann nous propose un opus à la structure d’interprétation intéressante, complexe voire intellectuelle. En fait, ce n’est pas si surprenant que cela quand on connait l’art du musicien.

Cet opus est consacré à un septet homogène et très cohésif qui joue des compositions elles aussi très homogènes. A l’instar du saxophoniste Donny McCaslin avec son très bel album « Soar » (SunnySide Records 2006) avec la chanteuse Luciana Souza, Pierre de Bethmann utilise la voix de Jeanne Added comme instrument à part entière. Selon un système de superpositions de couches instrumentales et sonores d’expressions différentes, mécanisme que l’on rencontre aussi chez McCaslin, Pierre de Bethmann construit son mille-feuille en y intégrant abondance de notes, goût du risque, diversités harmonique et rythmique aux métriques les plus équilibristes. Peut-on parler d’album concept ?

C’est possible. En tout cas, De Bethmann, très à l’aise dans cet/son univers, est la plaque tournante du groupe : il lance des assauts sonores de son fender qui prennent la forme d’atmosphères chargées de discours et de nappes montantes et descendantes qui sont attribués par musicien ou par petit groupe de musiciens.

Pour continuer à décrire ce groupe à la structure mouvante, on peut dire que le rôle de chacun évolue au fur et à mesure des pièces. Comme dans un réseau de Petri, De Bethmann passe un jeton que l’on se distribue ou que l’on partage par jeu d’associations pour créer des alliances déroutantes et orgasmiques au niveau technique mais plus rarement musicalement.

Les vocalises de Jeanne Added, au timbre de voix carillonnant, soulignent les thèmes à teinte dissonante et surplombent l’ensemble très cohésif  Stéphane Guillaume (as) / David El Malek (ts) / Michael Felberbaum (g) de sa voix juste à la texture claire et voilée à la fois.

Cette cohésion se dissout quand les saxophonistes se détachent de la guitare de Felderbaum si invraisemblablement inspiré (« Singulier ») pour s’associer à Jeanne Added et marquer ainsi le trait de la mélodie, parfois de manière excessive, ou dépeindre un thème à contre-courant.

A son tour, De Bethmann seconde la vocaliste (« Air courbe »), s’associe au guitariste pour nous sortir des sonorités jouissives et variées ou compose avec une rythmique (Vincent Artaud ,Franck Agulhon) que l’on aurait tort de ne pas écouter tant son apport (« Effet tatillon ») favorise les positions à risque du quintet. Aussi, il arrive que la rythmique se dissocie : la contrebasse ou la batterie crée une association éphémère avec un autre instrument pour soutenir son propos.

Entre ballades (« Air courbe », « Silnes »), compositions pêchues (« Schéma »), riffs funky et joyeux (« Oui ») et de très nombreuses montées en puissance des instruments, voix comprise, De Bethmann nous a concocté une musique riche en surprises et en abondances, en sonorités et en formes combinées qui rassasient notre goût de la musique d’aventures.

Jerome Gransac

 

 

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