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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:40

Sunnyside 2011

Aaron Goldberg (p), Guillermo Klein (kybds, compos, arr), Miguel Zenon (as), Chris Cheek (ts,ss), Matt penmann (cb), Eric Harland (dm)

bienestan.jpg  C’est tout d’abord l’histoire d’une rencontre : celle du pianiste New-Yorkais Aaron Goldberg

et du compositeur argentin Guillermo Klein. Deux musiciens qui, s’ils se sont souvent côtoyés à New-York développent néanmoins des univers assez différents. Assez différent en tout cas pour que leur rapprochement aiguise notre curiosité.

Du pianiste on sait qu’il affectionne les belles mélodies et les standards. Pianiste subtil des grands espaces qui, à l’instar de ses maîtres comme Jamal, affectionne les silences et les respirations de la musique. On l’a beaucoup entendu, dans un autre registre, auprès de Joshua Redman (http://www.lesdnj.com/article-15655761.html). Quant à Guillermo Klein, après avoir tenu l’un des bigs bands les plus inventifs de New York ( Los Guachos, dans lequel figuraient justement Zenon et Cheek) et de repartir ensuite pour son pays natal, il s’impose aujourd’hui comme l’un des compositeurs majeurs de la scène du jazz (http://www.lesdnj.com/article-24945795.html). Ses univers fascinants puisent dans un ensemble de références hétéroclites avec un sens raffiné de l’arrangement qui en faisait l’un des bigs bands les plus excitants de la scène New Yorkaise.

La rencontre de ces deux grands musiciens avait donc largement de quoi susciter notre curiosité.

Et le résultat est tout aussi séduisant que surprenant, marqué par l’hésitation à prendre un parti pris esthétique pour au contraire afficher un ensemble de propositions assez différentes les unes des autres. Très déconcertant en ce qu’il refuse toute linéarité esthétique, privilégiant à la fois la diversité des formats (les saxs n’interviennent que sur quelques titres) et des univers où un thème très épuré comme Burrito laisse place à un Human feelporté par un ostinato de sax et une rythmique bouillonnante.  Reprenant des standards parfois très bop comme sur Moose The Mooche ( où la sax de Zenon s’y fait magnifiquement Parkerien !), la musique de Goldberg/Klein flirte ensuite avec la musique sérielle ou minimaliste ( l’entente de Goldberg et de Klein sur Implacable y est réellement magnifiée sur Airport Fugue). Ces variations stylistiques vont même jusqu’à proposer celles des thèmes eux-mêmes avec deux versions différentes de All The Things you are ( qui ouvrent et clôturent l’album) et deux versions de Manha De Carnaval. Choix de duplicité que contesteront certains qui démontre assurément l’exceptionnelle qualité d’arrangeur de Guillermo Klein mais témoigne aussi d’une incertitude sur la ligne directrice sur laquelle Goldberg et Klein semblent avoir  hésité.

À l’inverse ces variations contribuent aussi grandement au charme iconoclaste de cet album dont la profondeur et la légèreté en font à la fois un objet d’envoûtement et de grâce indéfinissable. Comment résister par exemple à la tension dramatique sous-jacente d’un Impression de Bienestar, cet état de bien-être lentement, très lentement pulsé par Matt Pennman. Ce dernier s’impose d’ailleurs comme la pièce maîtresse de l’album lui donnant une incroyable couleur empreinte de gravité et de douceur, s’insérant dans les espaces que lui laissent les deux claviers.

S’amusant à nous perdre, Guillermo Klein et Aaron Goldberg au contraire nous captivent.

Résultat étonnant.

Jean-Marc Gelin

 

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