Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 08:00

2CD Naïve – 2010

 tassel-copie-1.jpg

Depuis qu’il fut repéré dans les années 90, ce bugliste, breton d’origine, a toujours su animer d’une passion extraordinaire l’expression d’un phrasé raffiné, en concert comme en studio. Alex Tassel se présente aujourd’hui avec un nouvel album, « Heads or Tails ». Ce double-cd est conçu en deux parties distinctes, l’une acoustique et l’autre électrique. Cette dernière rappellera peut être à certains l’audacieuse participation de Tassel aux groupes de Stéphane Huchard, ou bien encore Laurent De Wilde. Justement, Laurent De Wilde, qui nous offre par sa présence sur ce disque une conception toujours plus visionnaire de la Musique, au même titre que les frivoles envolées lyriques de la contrebasse de Diego Imbert. Chaque morceau  étant le fruit du travail de composition du leader, il se développe aussi dès les premières secondes une ambiance feutrée et propice à l’écoute. Osons le dire, un petit côté « easy listening ». Un héritage, pour sûr, habite aussi ce projet acoustique. Cette inspiration que Coltrane insuffle aux musiciens de toutes époques et de tous continents ne cessera jamais d’exister. En témoigne aussi cette troublante ressemblance avec les thèmes du quintet de Miles que l’on peut retrouver dans « Next City » et « Miles Around ». Un album, jusque là, très ouvert, avec toujours en exergue chez Alex Tassel cette façon inimitable de se balader entre l’intérieur et l’extérieur des harmonies. Et puis surtout, ce double-album revendique une incomparable présentation de toutes les possibilités d’instrumentation d’un quintet, du Jazz à l’Electro-Jazz, avec la présence de la crème de la crème du saxophone ténor français : Olivier Témime, Rick Margitza, Guillaume Naturel et Jacques Schwarz-Bart. De compositions en compositions, ces saxophones se suivent mais ne se ressemblent… presque pas. Chaque personnalité, aussi différente soit-elle, vient se greffer l’une après l’autre au son rutilant d’une rythmique solide. A noter aussi, la non-négligeable présence de Christian Brun, ce musicien que le dictionnaire du Jazz assume fièrement comme un des plus fervents représentant de la guitare Jazz en France. Surprise aussi de découvrir un Julien Charlet batteur de Jazz (nous l’avions presque oublié !) après le groove monstrueux dont il était dépositaire chez les Slaves d’Olivier Témime. Délicieusement conquis par le premier des deux disques (plutôt acoustique), le second se révèle d’autant plus redoutable de plaisir par son côté électrique. Passé au Rhodes et à la basse électrique comme on passe à l’Ouest, on ne mégotera pas quand même sur le goût douteux de certaines sonorités de synthétiseurs au son lyophilisé. Autre surprise, c’est au tour de Daniel Romeo de nous faire partager ses lignes de basses magiques et cette passion pour la basse électrique Funk, que l’on peut d’ailleurs ressentir dès les premières mesures du thème de « Mystery ». Décidément, que de révélations. Mais comment s’arrêter à ces détails sans qualifier la prise de son, étant à elle seule un argument primordial de la qualité de ces magnifiques compositions. Tout simplement magistrale, à tous les niveaux, cette ballade musicale nous fait passer à travers des effluves de Jazz modal, de Funk, de Musique Latine, de Soul. Il faudrait citer Herbie Hancock et les Headhunters, pour le clavinet. Georges Benson bien sûr, pour la verve du Blues. Joe Henderson ou Miles Davis, sans aucun doute pour l’esprit provocateur et politiquement incorrect. Mais l’imitation n’est pas à l’origine de la réussite de ce double-album. Un réel souci de l’originalité s’entend, effaçant au passage tout soupçon de contrefaçons. Comment définir aussi le plaisir communicatif que les musiciens expriment, en témoigne la fin du titre « ATD ». C’est à la moitié du second disque, sur « Miles Around », que l’on peut y déguster une sorte d’oxymore sonore, faite de coups de pieds rageurs et d’élucubrations, traitée par un génialissime delay et une wah faussement incontrôlée. Et toujours cette basse fantomatique ronronnant dans un coin. Dans l’ensemble, nous regretterons sans doute l’absence de nouvelles têtes. Sans dénigrer une seule seconde l’immense talent des artistes de ce nouvel album d’Alex Tassel, un David Prez ou un Romain Pilon aurait, eux aussi, très bien pu faire l’affaire ! Rendons nous à une de ces évidences qui font la beauté du geste, le risque du mélange vaut la peine d’être pris. Restons-en sur une note positive en affirmant une nouvelle fois la qualité de ce nouvel opus d’Alex Tassel, transportant notre écoute à travers la passionnante histoire d’un Jazz résolument hors norme. Tristan Loriaut

Partager cet article
Repost0

commentaires