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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 19:52

 

Plus Loin Music 2010 ( enregistrement 1997)

 

antoine-herve.jpg

 

C’est à une véritable leçon de jazz que nus convie Antoine Hervé. Mais c’est bien plus que cela. Une sorte de déclaration d’amour à tous ses maîtres en piano jazz, au centre desquels il place Monk. Certes en s’attaquant en solo à l’œuvre de Monk (à l’exception d’un thème signé Irving Berlin et d’un thème de lui-même - Camara), Antoine Hervé prenait lors de ce concert donné en public en 1997 à la Cité de la Musique le risque de se voir comparer aux grands solos du Maître. À une époque où les pianistes ne rejouent guère plus les œuvres majeures, mais privilégient leurs propres compositions, le piège était immense tant on a encore et pour toujours à l’oreille les sessions solo de Monk de Londres ou d’ailleurs. Appréhension que l’on a en glissant le disque dans le lecteur. Et appréhension qui tombe immédiatement. Car ce que fait Antoine Hervé relève d’une approche très personnelle et lecture qu’il propose permet de comprendre d’où vient Monk et de jeter les ponts entre Monk et Tatum, Monk et Jerry Roll Morton, Monk et Fats Waller, Monk et Oscar. Avec brio, avec brillance, avec son propre génie de l’improvisation Antoine Hervé nous montre cette continuité du jazz. Et sur sa lancée poursuit jusqu’à sa propre histoire. Car il a cet immense talent et cette liberté des génies, Antoine Hervé, qui lui permet d’aller et venir où il veut, dans sa digression personnelle, de prendre le thème, s’en éloigner tout en s’en inspirant ou en jouant le contraste pur et revenir enfin dans le même geste.

L’interprétation et l’évolution qu’il imprime à un thème comme Ruby My Dear est à ce titre magistrale. Mais pour autant, Hervé a la finesse et la suprême élégance de ne pas s’attarder en digressions introspectives. Hervé sait n’en faire jamais trop. Round Midnight passe ainsi par des routes vallonnées de surprises. Il part aussi parfois dans des improvisations très Jarretiennes comme pour montrer aussi combien à celui-là, comme  à tous les grands pianistes de jazz il doit tout. Car comme avec Jarrett la démarche est la même. Le sens inouï de l’improvisation autour, à partir et avec les standards incontournables, pétris, malaxés, incarnés là ,dans l’instant.

Dans All Alone c’est une émotion vive et forte qui nous saisit. Dans Monk’s Mood emporté par son élan, il s’offre un passage par Smoke Get in your eyes. Autre leçon de jazz d’ailleurs qui montre combien Monk s’est nourri aussi des grands standards d’avant lui. Plus loin Hervé sait aussi se faire mutin, drôle et facétieux comme ce Monk’s dream totalement ébouriffant, joyeux et dansant la danse des fous. Le public sait ce qui n’est pas dit, se lève, exulte et acclame. Ce public sait bien que ce soir-là Antoine Hervé était le dépositaire d’un secret bien plus grand que lui. Le secret du jazz que ce sorcier de Monk devait lui susurrer dans l’oreille.  Jean-marc Gelin

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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