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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 06:56

Un film de Stéphane Sinde

La Huit – Edition  Freedom Now

 Anthony-Coleman.jpg

 

(CHRONIQUE DE JEAN-MARC GELIN)


Un film sur l’un des acteurs majeurs de la scène New-Yorkaise comme l’est le pianiste Antony Coleman, membre de la grande planète zornienne, bouillonnant génie archétypique de l’intellectuel-artiste New-Yorkais, est forcément en soi un document indispensable.

 

Ce document prend une double forme curieusement très contradictoire.

 

La base de ce DVD est en effet un concert donné par le quartet d’Antony Coleman dans le cadre de Banlieues Bleues en avril 2010. Il y était entouré de Ashley Paul ( saxophoniste minimaliste), de Brad Jones à la contrebasse et de Satoshi Takeishi à la batterie. Grand moment d’intensité autour d’une maîtrise admirable du son, de cette économie de notes qui vise à l’émergence de l’essence même du son. Lorsqu’il ne reste plus rien qu’une infime note étirée et même suggérée. Tout y est esquissé dans un remarquable moment de concentration extrême et d’écoute où le fil tenu du son tendu entre les quatre membres de ce quartet avec une infinie précaution n’a jamais semblé si fragile. Très intense expérience.

Malheureusement le film a aussi le défaut de ses avantages. Tout y est systématiquement filmé en gros plan, sans jamais n’avoir aucun plan large qui nous permettrait d’appréhender le quartet dans son ensemble. Du coup on passe sans cesse de gros plans en gros plans, parfois superbes au demeurant (Stéphane Sinde a un art absolu dans sa façon de filmer les mains) mais aussi parfois usants. Viennent s’insérer des images d’une poésie un peu «  bateau » censé illustrer le propos ( Damaged by sunlight) dans une esthétique un peu conventionnelle entre désert brûlé et femme-derviche. On adhère que moyennement.

 

Mais l’essentiel est ailleurs et surtout dans le bonus, absolument passionnant.  Alors que l’on vient d’achever ce concert aux formes ultra dépouillées, paradoxalement c’est dans le bonus qu’Antony Coleman nous dit sa passion pour Jerry Roll Morton, maître du ragtime, aux antipodes donc de ce que nous venons d’entendre. Coleman s’exprime ainsi sur la génèse de cet amour compulsif pour Jerry Roll Morton ( sa façon d’avoir dévoré méthodiquement tout le jazz d’une façon chronologique),  sur la composition (« composer du jazz est pour moi quelque chose de très actuel, ce n’et pas un oxymore »), sur la technique ( très intéressant quand il parle de Monk et de sa dynamique dans les aigus qui contribue à la tension de sa musique). Et c’est somme toute cette longe deuxième partie ( bien plus qu’un simple bonus) qui captive totalement. Partie magnifiquement entrecoupée de superbes interpretations de thèmes de Jerry Roll Morton dont Antony Coleman connaît toutes les partitions.

Ce qui nous vaut d’ailleurs au passage une version absolument splendide de King Porter Stomp à ne manquer sous aucun prétexte.

 

De quoi nous laisser un petit regret, celui de ne pas avoir consacré un reportage entier sur l’oeuvre du pianiste, à l’image de ce que la Huit avait réalisé sur Marc Ribot, l’ami de toujours du pianiste New-Yorkais.

Jean-marc Gelin

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