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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 15:41

Naive 2011

Tigran Hamasyan (p), Ari Hoenig (dm), Gilad Hekselman (g), Orlando Le Fleming (cb), Chris Tordini (cb)

 

 

 hoenig.jpg

La cause est définitivement entendue et sans appel : le batteur américain fait bel et bien partie des batteurs les plus doués de sa génération. Je me souvient de ce travailleur acharné vu il y a quelques temps, après les balances répéter seul et sans relâche jusqu'à l'heure du concert. Des heures durant devant sa batterie à essayer des formules, des riffs, des choses entendues nulle part ailleurs. Tenter de faire sonner sa batterie comme s'il s'agissait d'un clavier ou d'une instrument vocaliste. Jamais satisfait. Autiste à tout ce qui n'est pas musique.

La sortie de ce nouvel album, dans un format inédit qui le voit associé au pianiste Tigran Hamasyan ne fait que confirmer le génial batteur dans son rôle de tout premier de la classe. Et pour l'occasion au lieu de dire "Lines of Oppression" comme le suggère le titre de l'album on serait plutôt tenté de dire " Lines of liberation" s'il l'on écoute comment ce quartet, s'entend à libérer un groove en "fusion". Car c'est bien de cela dont il s'agit ici, une affaire de rythmique, de pulses, d'enchainement des métriques et d'un son basé justement sur la maîtrise du "beat". D'un univers un peu methenien qui ouvre l'album ( l'occasion de découvrir un formidable guitariste, Gilda Hekselman) on arrive vite à la griffe  fougueuse d'un Tigran Hamasyan décidément omniprésent sur la scène du jazz en ce début d'année. Il n'est que d'entendre sur Arrows and Loops sa verve et sa puissance de jeu, soutenue par une rythmique qui emporte tout. Mais si ce volume orchestral mis en espace par Hoenig revèle une composition intéressante sur la forme (par le jeu complexe des métriques) elle est un peu décevante sur le fond et peine à captiver. C'est d'ailleurs le problème de l'album : brillant mais sans réelle émotion. On a du mal à se convaincre aussi sur Wedding Song vocalisé de façon un peu mielleuse et censé apporter là, un contraste doux. Monk vient redynamiser l'ensemble avec ce Rythm a ning entamé sur le mode course poursuite éperdue. Sur Moanin Ari Hoenig fait chanter sa science de l'instrument qu'il transforme en vocalise du thème. Impressionnant techniquement mais toujours à côté de la plaque s'il s'agit d'émotions. Pas passionnant en soi. Car le fond de la question n'est pas de savoir comment Ari Hoenig dit les choses, mais plutôt ce qu'elles sont, intrinsèquement.

Mais quand la musique s'aère comme sur Love's feathered nails ( composé par le batteur), le drumming de Ari Hoenig profite d'un Tigran Hamasyan un peu moins envahissant pour laisser parler sa créativité en perpétuel mouvement. Un rêve : entendre Hoenig associé un jour à Metheny. Ephemeral Eyes est un occasion de voir un autre visage de Tigran hamsyan totalement à l'aise avec des fondamentaux plus traditionnels dans ce morceau plus bop composé par Hoenig. La percussivité du jeu du pianiste en réponse à celle du batteur. Brillante démonstration du savoir faire d'un pianiste décidément caméléon. Sur How high the moon totalement réinventé sur le plan harmonique, on entend clairement la fusion de ce trio. Ari Hoenig encore une fois, c'est le relief, les dorures et les bigoudis, les entrelacs et les coups de pinceaux, les petites touches impressionnistes et les roulements subtils. Ari Hoenig invente à chaque pattern, surprend à chaque riff. C'est Shiva ! Hoenig ne tient pas le tempo, il en tient 10 !

Au final l'album se conclut sur un morceau composé par la pianiste et empreint de ses propres racines. Toute la personnalité du pianiste dans cette composition.

Et l'on reste sur le sentiment d'avoir assisté à un très beau moment de musique, d'improvisation et de jazz. Une leçon de polyrythmie à laquelle on pourra adhérer ou qui pourra lasser.

On sort de cet album avec à la fois, dans les oreilles quatre voix distinctes mais aussi la certitude d'avoir assisté à la naissance d'un quartet totalement fusionnel. La musique se crée. Les improvisateurs sont tous brillantissimes. Mais s'ils brillent trop, ils éblouissent.

Jean-Marc Gelin

 

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commentaires

P
<br /> <br /> Brillantisssime batteur au jeu si personnel. A voir Live absolument ! Le trio Hoenig/Moutin/pilc a pour moi été un sommet ! Il y a toujours un moment, un court instant, où dans ses<br /> concerts,  j'entends l'approche Bill Bruford.. ces petits retards à la caisse claire quand il joue binaire... J'aimerai lui demander un jour si c'est un batteur qu'il a écouté et qui l'a<br /> légèrement influencé peut être ?<br /> <br /> <br /> <br />
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