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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 23:16

Naïve

Baptiste Trotignon (p), Mark Turner (ts)

 trotignon.jpg

Attention choc de la rentrée !

Trotignon  associé  en  duo à Mark Turner, ce n’est absolument pas le fruit d’un pur hasard. Les deux hommes se connaissent bien. Le saxophoniste était venu  jouer sur 3 titres sur l’album « Share » paru en 2009 et, en 2010 sur l’album  fort logiquement nommé « Suite », toujours pour le label Naïve. Il y  avait déjà entre eux quelque chose de tellement fusionnel dans leur jeu, que  l’idée  d’enregistrer  un duo était la suite logique et ultime de leur rencontre.

Et force est de constater que les deux musiciens ont décidé de la placer au sommet,  au niveau de ces cimes rarement atteintes en musique et desquelles on  contemple  le  paysage  musical en parfaite plénitude. Méditative ? Pas vraiment  au  sens  mystique du terme. Plutôt contemplative dans le sens où cette  musique  très  zen (Dusk is quiet place) ouvre de superbes espaces musicaux (Wasteland). Musique de chambre, intime qui prend des allures de storytelling. Rencontre d’une  douceur tamisée où le rapprochement des timbres, la fusion des sons, et  l'abolition de toute frontière entre improvisations et écriture en fait un  moment  rare.  Où  l’on  ne sait jamais ce qui a été écrit et ce qui ne l’est pas, ce qui relève d’une prise spontanée ou ce qui a été retravaillé. Car  c’est  une  évidence, cette musique semble tout aussi naturelle que le simple fait de respirer.

Mark  Turner  tout  en  économie du geste et en sensualité joue les maîtres zen.  Avec  un jeu très aérien,  très attentif au timbre, manie l’aigu avec la  précision d’un calligraphe, et apporte dans les graves un souffle doux. Enveloppe  la musique d’une sorte de velours moiré. Et Trotignon, attentif, ornemente  et embellit avec grâce et subtilité, gardien de l'harmonie et du rythme  sans  jamais  enfermer  le trait.  Le pianiste s’inscrit alors avec élégance  dans  les  interstices  du jeu du saxophoniste avec un jeu proche parfois  de l’école classique, s’inscrivant en contraste non seulement dans l’esprit  mais  aussi  dans  le  son  (Ô  do  borogado). Où chacun, à force d’écoute  y  montre un grand respect pour la musique de l’autre et entre en résonance.  Cela  donne  ainsi  un dialogue toujours passionnant, toujours tendre.

Tous  les deux jouent divinement. Laissent la musique respirer.On n’est pas loin du duo Konitz-Solal.

Les  thèmes  sont  composés  pour  l’occasion  par  les deux musiciens.  2 morceaux magnifiques  de  Bach sont aussi prétextes à de belles improvisations jazz, aériennes et inspirées.

Et  ce dialogue à fleuré moucheté, fait d’écoute et d’attention nous touche par son évidence et par sa grâce. Juste un piano et juste un sax ténor pour dire de belles choses. Paisiblement.

Jean-Marc Gelin

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commentaires

G
<br /> j'adhere complètement<br /> <br /> <br /> saxophone tres pertinent<br /> <br /> <br /> G C<br />
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