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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 21:45

YVES BUIN

LE CASTOR ASTRAL

BLUE MELODY

 barney-wilen.jpg

Un portrait musical sensible : retour sur un jazzman de légende

 

Yves Buin emploie les mots justes pour dire qui était BARNEY WILEN.

Les titres de chaque chapitre renvoient pertinemment à un  album  (Moshi, Jazz sur Seine, Jazz hip trio…) ou à une période spécifique de la vie/carrière de ce musicien jugé parfois extravagant,  tout simplement hors norme.

 Oui, Bernard Jean Wilen, dit Barney Wilen, sortait vraiment de l’ordinaire. Flegmatique dandy, il cultiva une certaine élégance jusqu’à la fin. Un authentique musicien de jazz, qui en quarante ans de carrière réalisa un  parcours musical sans faute.

Prodige dès ses 18 ans- il remporta le prix de jazz cool spécialement créé pour lui- il devint vite le prince des nuits de St Germain des Prés. Reconnu par Miles qui le choisit pour enregistrer la musique du film de Louis Malle « Ascenseur pour l’échafaud », il fut une des figures notables de ce jazz parisien florissant : il fut une sorte de point nodal européen avec Stéphane Grappelli et Bobby Jaspar…alors que Martial Solal attendra quelques années.

Endossant l’habit de post bopper, exilé de lui-même, il prit constamment des risques et s’acclimata à toutes les époques, sans refuser les filiations d’ Ellington, Davis, Rollins, Powell, en les modelant à sa mesure, utilisant  contiguités de formes et d’échos. Il connut donc logiquement en son temps le free jazz et fréquenta, lors d’expéditions en Afrique,  la faune trouble des baladins de la musique noire- le fluide vital . Plongeant dans l’incitation contemplative, le dialogue cosmique, la musique sortait de lui librement. Il était comme un medium, parfois spectateur de la musique de ses complices, car pour lui, toute rivalité était étrangère.

Yves Buin, sans se départir d’une certaine rigueur, avoue toute son admiration pour ce musicien incomparable dans les pages de ce livre publié dans la sérieuse collection du Castor Astral. Les exergues de chaque chapitre constituent  à elles seules de petits bijoux qui, mis bout à bout, créent en filigrane un portrait singulier.

Gommant sans doute certaines aspérités, il ne choisit de souligner que les points forts du parcours musical du saxophoniste.  Angle satisfaisant car, comme pour tous les grands artistes, la musique conduit la vie de Barney WILEN.

Pour caractériser cette évocation, on retiendra en particulier certains axes choisis par l’auteur comme

 Un attachement indéfectible à l’art blanc de la ballade en référence à Chet Baker, Stan Getz, Art Pepper.

Le goût des standards et de la musique populaire, qu’il relit à sa manière, en  jazzman intègre. Dans ce travail toujours inachevé, il arrive à bouleverser, à découper autrement ces mélodies installées dans une évidence classique.

Le sacré et le sens de l’ailleurs quile fascinait. Inspiré par les musiques natives où il retrouvait une forme de sacré, Barney Wilen avait cette nostalgie profonde d’un insaisissable qu’il recherchait dans ses voyages physiques, psychiques ou dans les paradis artificiels.

Yves Buin insiste sur l’importance de ces escapades voyageuses, entre errance et imprévu, qui allaient conduire le saxophoniste vers une des terres natales de son imaginaire, l’Afrique, confluence des musiques premières. 

Aussi, en refermant les pages de ce livre précis et sensible, les lecteurs n’auront de cesse, espérons le, de se replonger dans la musique de ce musicien incomparable. Quant à ceux qui ne le connaissent pas encore, ils pourront  le suivre fidèlement à la trace, avec ce guide musical. C’est tout le mal qu’on leur souhaite !

 

Sophie CHAMBON

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