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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 07:58
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Stéphane Belmondo (tp), Lionel Belmondo (fl, ss, ts), Laurent Fickelson (p), Sylvain Romano (cb), Dré Pallemaerts (dr). 2009. BFlat Recordings

Voici un disque typique de l’époque ; et dans le même temps un disque miraculé de l’époque. En chroniquant la réédition de l’enregistrement « From In To Out » de Dizzy Reece, on a suggéré combien cet album était, quoique situé dans un contexte idéologique, social et musical sensiblement différent, d’une trempe similaire. Le matériau réuni ici provient d’une prestation « live » enregistrée à Saint-Gilles (La Réunion) en 2008 : aucune entreprise d’actualisation ni de distanciation, non, TOUT A L’OPPOSE, une qualité de ferveur telle qu’elle évite de rabattre la musique sur sa source immédiate, directe : l’univers du modalisme coltranien, ses traces encore brûlantes, alors que tant d’autres pourtant ont contribué à l’assécher ! Comme un écho conscient de lui-même (négation même de l’écho), et donc de la force qu’il devrait renvoyer à sa source, rien ici ne manque, en partant de la fin : le salut spiritualiste au public (« peace and love, love and peace »), la dimension des thèmes originaux et ce recours à la suite (notamment le premier mouvement de 16’ : « The Memories That Never Die » !), au fleuve coltranien scandant les composantes de la mystique, corrélativement ces séquences hors tempo avec une palette sonore d’une rare amplitude, notamment à la flûte. Tout cela pourrait précisément faire craindre l’encodage (le « revivalisme ») le plus suspect si l’on n’y ajoutait d’une part une cohésion et une expressivité orchestrale impressionnantes, illustrées au demeurant par de larges « interludes » grâce auxquels chaque membre de la rythmique ménage dans le flux du discours des plages peut-être plus sereines mais presque aussi denses musicalement que les interventions des soufflants et d’autre part un investissement des leaders tel qu’il concentre à chaque instant, rongé par l’urgence, leur énergie créatrice, l’inventivité de leur jeu et l’éclat de leurs différences : des orientations plus funky par endroits pour Stéphane (« Memories » précité), une maîtrise des nuances sidérante comme un perpétuel hommage à Coltrane lui-même certes mais aussi à Freddie Hubbard dans sa quête de l’effet compris comme motif essentiel à la dynamique du discours, un échevèlement du propos plus libertaire encore pour Lionel (« For My Son »), autant au ténor qu’à la flûte (« The Mind Thing »). De tout cela, on trouve une ultime preuve dans la reprise de « Naïma », loin du recueillement de la version originale (on songe beaucoup plus à l’« Aïsha » de l’album « Olé »). La curiosité, qui n’est jamais qu’une forme provoquée du hasard, nous apprend, sous la plume du toujours bien informé Vincent Bessières, que cette suite « Infinity » aurait dû être enregistrée pour le regretté label « Shaï » il y a plus de 10 ans ! 1998, 2008, et après…Ce qui transperce le temps de cette manière contient en soi la preuve de sa nécessité et donc de son inépuisable générosité.  

Stéphane Carini.

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Published by Stéphane Carini - dans Chroniques CD
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