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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 08:04

Laborie jazz 2010

Benjamin Moussay (p, fder, synth), Arnault Cuisinier(db), Eric Echampard (dm)

 moussay.jpg

Benjamin Moussay est un romantique. Un vrai romantique mais...moderne. N'entendez pas par là le romantisme du pianiste amoureux atteint du syndrome de la nostalgie chopinienne. Non Benjamin Moussay est un romantique moderne au sens académique du terme, celui  des " mouvements artistiques qui au XIXème firent prévaloir la sensibilité individuelle sur la représentation classique de la nature humaine". Sauf que la sensibilité de Benjamin Moussay est une sensibilité curieuse de son époque, exaltée , fougueuse à l'extérieur et riche d'une rare intériorité. Un pianiste part du label Laborie ( Yaron Herman parti chez ACT, cf. Chronique de Jérôme Gransac), un autre arrive. Tous deux ancrés dans cette modernité justement,  dans cette mouvance qui va de leur intime connaissance des grands pianistes de jazz, mais qui englobe aussi et surtout l'empreinte que les grands mouvements de la pop moderne ont laissé chez eux. Lorsque l'un reprend des thèmes de Radiohead ou Nirvana, l'autre s'en inspire très largement pour s'en approprier les idiomes dans un vrai syncrétisme original. Deux pianistes modernes disions nous mais, dans le cas présent de Benjamin Moussay, débarrassé de tout complexe filial envers Jarrett, de tout mimétisme grand fraternel avec Brad Meldau et de toute tentation amicale Svensonnienne (le pianiste de feu EST).

Il y aurait donc, aujourd'hui une nouvelle voie possible dans le piano jazz ( dont le terme est ici un peu dilué). C'est bien ce qu'affirme Benjamin Moussay dont le seule et simple prétention n'est certainement pas celle-là , pas dans l'émergence d'un courant , mais dans la simple affirmation d'une musique qu'on lui sait consubstantielle et dont il a composé l'intégralité des morceaux. Musique qu'il porte haut grâce à une technique exceptionnelle. Rappelons nous ce que

disais de lui Martial Solal ( "j ‘ai réalisé que nous avions en France un pianiste de grand talent, avec un gôut très sûr, une culture et une technique du plus haut niveau" 1) certainement pas peu fier de voir le jeune pianiste accompagner, entre autre sa fille Claudia.

Pourtant, autant l'avouer franchement, à l'entame de l'album on craignait le pire. Cette ouverture (Momentum) à la manière un peu "rentre dedans" met certes en valeur un formidable trio avec Cuisinier et Echampard. Mais l'écoute du 2ème titre( Domino effect) qui poursuit le 1er nous fait craindre, mais à tort, un climat un peu tapageur. Pourtant la découverte de l'univers de Benjamin Moussay tourne au "choc au plexus" tant le pianiste parvient à dépasser ce stade pour donner à sa musique

une réelle densité, forte, palpable, épaisse au sentiment, forte dans son essence. Ce n'est pas de l'esbroufe, c'est juste de l'incandescence comme en témoigne ce thème simple au fender (On Air) revelant un véritable power trio sur des nappes électroniques et une réponse de basse simplement bouleversant.  On peut y voir là encore de la pop music. On pense à King Crimson dans l'évocation des nappes harmoniques. Résolument pop aussi dans ces intros sur fond de bidouillage électronique ou comme ce Don’t wake me up où l'électronique et l'acoustique se marient naturellement par la qualité des arrangements. Pas de césure. Pas d'école : acoustique, électro, fender et piano mélangés.Là où les incises bidouillées sous l'aune du logiciel d'Olivier Sens laissent parfois place à des moments d'émotion pure comme dans ce morceau extrêmement dépouillé, joué en solo (Milo).

Il y a chez Moussay une exaltation revendiquée des structure mélodiques très simples comme dans  (Strawberry ripple) que Cuisinier met en valeur par un très beau jeu d'archet ( ou sur ce très classique et presque ravelien Mood ). Echampard que l'on connaît toujours aussi inventif que prompt à réinventer les contours et les couleurs rythmiques est un véritable poumon du trio. Son association avec Cuisinier est marquante et n'est pas sans rappeler celle de Larry Grenadier et Jorge Rossy

chez ....Brad Meldhau justement.

Les plus grands musiciens, a t-on coutume de dire, sont ceux qui sont parvenus, non pas à oublier, mais à dépasser leur technique. Celle de Moussay est incroyable. Il n'est que d'écouter la précision rythmique et la puissance de sa main gauche et le lyrisme de sa main droite. Ou encore l'utilisation ample du clavier, la variété des nuances de son jeu du plus forte au plus moderato. Mais Moussay s'affranchit facilement de ce carcan "technique" pour insuffler autre chose qui efface les lignes et bouscule les écoles.

Il y a en musique certains transports de l'âme. Ephémère expérience censée s'arrêter avec la fin de la musique elle même. Il y a dans celle de Benjamin Moussay quelque chose de plus profond qui ne s'arrête pas. Ou alors pas tout de suite.

Ce qu'il dit, rock, jazz ou pop, poursuit son cours bien après, avec le silence qui suit la dernière note.

 

 

(1)in Xavier Prevost : entretien avec Martial Solal- Edition Michel Maule – INA p.192

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Published by Jean-marc Gelin - dans Chroniques CD
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